A la tête de BG Ingénieurs Conseils, Pierre Epars s’implique activement pour favoriser et promouvoir le développement durable à travers son activité. Avec un rayonnement international, le bureau d’ingénieurs, qui figure parmi les plus importants de Suisse, impacte en effet directement l’urbanisation, l’aménagement du territoire, les transports ou encore l’exploitation des ressources énergétiques. Interview.

Avec votre expérience et votre connaissance du dossier durable, quels sont selon vous les principaux défis que doit relever la Suisse?

Avant tout, je pense qu’il est important de reconsidérer la manière dont le développement durable est principalement abordé. En évoquant les problématiques liées à la durabilité, on a souvent tendance à se focaliser sur les aspects énergétiques qui entrent en jeu. Si l’énergie constitue bien entendu un des principaux leviers sur lesquels nous pouvons agir, il ne faut pas négliger les autres. Globalement, la problématique durable repose sur trois axes: l’environnement, le social et l’économie. 

Comment s’articulent ces trois axes?

Il est évident que les impacts environnementaux liés à la croissance économique et industrielle s’avèrent très problématiques. D’où l’importance de développer, promouvoir et soutenir les nouvelles technologies et moyens dont nous disposons pour réduire notre impact sur l’environnement et optimiser l’utilisation réfléchie et durable de chaque ressource. En parallèle, il s’agit aussi de parvenir à développer un climat social au sein duquel l’humain et ses aspirations puissent se réaliser. Bon sens, changement et évolution des mentalités de même que prise en considération des souhaits émanant des jeunes générations sensibles aux questions environnementales constituent autant d’aspects compris dans cet axe social. Le volet économique doit quant à lui être abordé différemment. Sans forcément rechercher la croissance à tout prix, il est nécessaire de pouvoir maintenir et développer un climat économique favorable et stimulant. Dans ce sens, j’aime rappeler que la durabilité à un coût, elle nécessite en effet un investissement incisif et réfléchi. Pour cela, il est nécessaire de développer des conditions-cadres incitant les acteurs économiques et les particuliers à investir et soutenir dans la durabilité. Les investissements publics dans ce domaine ont également un rôle clé à jouer. 

Au sein du Groupe BG, quelle place occupe le développement durable et comment vous impliquez-vous dans ce sens?

Le développement durable est une valeur centrale chez nous. Notre activité s’y articule dans son ensemble. Déjà à travers les importants projets d’urbanisation, de mobilité, d’environnement ou encore d’exploitation des ressources naturelles que nous pilotons et accompagnons en Suisse, en France et à l’international. A l’interne, nous avons par ailleurs créé une Direction de l’innovation. Une position

Pierre Epars, BG Ingénieurs Conseils

stratégique et engagée, qui permet ainsi de soutenir et favoriser des projets novateurs et prometteurs en matière de mobilité, d’habitat et d’énergie. J’ajouterais également que notre philosophie consiste aussi et surtout à promouvoir au maximum le développement durable auprès de nos clients. Et cela autant pour des petits projets que pour des grands. Nous veillons donc à sensibiliser notre clientèle sur ces enjeux tout en leur démontrant les avantages dont ils bénéficieraient en investissant aussi sur cet axe durable. C’est d’ailleurs un aspect essentiel, qui mériterait peut-être d’être davantage investi par les politiques. Il s’agit dans ce sens de faire en sorte que les investisseurs trouvent un intérêt concret dans la durabilité tout en les sensibilisant sur ce point. Dans le marché immobilier, il est en effet démontré qu’un bien durable et performant en matière de consommation énergétique voit sa valeur augmenter. 

Rappelez-nous les principaux projets de grande envergure sur lesquels travaille actuellement le groupe BG.

Pour en citer quelques-uns, nous pouvons notamment mentionner l’agrandissement souterrain de la Gare Cornavin à Genève. Toujours en région genevoise, nous pilotons également la démolition et reconstruction de l’usine de valorisation des déchets des Cheneviers. Un projet mené en étroite collaboration avec les Services industriels de Genève qui doit notamment permettre d’optimiser l’utilisation de la chaleur pour alimenter le réseau de chauffage à distance. A Lausanne, nous accompagnons et conseillons les autorités pour le projet du m3, une troisième ligne de métro qui doit permettre d’accentuer encore les performances de la région en matière de mobilité douce tout en pouvant absorber les flux toujours plus importants liés à la forte croissance démographique. Nous avons par ailleurs piloté le chantier de Nant de Drance, la plus grande centrale hydroélectrique de Suisse. Des travaux de très grande envergure, qui comprennent notamment quelque 17 km de galeries creusées pour un coût de plus de deux milliards de francs. La mise en eau est prévue pour cet été. Citons également le projet du nouveau métro automatique à Paris, pour lequel 50 de nos collaborateurs travaillent à plein temps sur place. Avec 200 km de tunnel, 68 gares et un coût dépassant les 20 milliards de francs, le projet n’est autre que le plus important d’Europe en matière de mobilité douce.

Pour revenir à la Suisse, comment conjuguer habilement croissance démographique, développement urbain et durabilité?

L’aménagement du territoire représente un aspect majeur sur lequel il faut miser intelligemment.
Complexe et primordiale, la densification des villes doit être mieux soutenue et davantage exploitée, notamment dans l’optique de préserver la biodiversité des espaces vierges. En tant que petit territoire, la Suisse nécessite une approche finement pensée pour accompagner sa croissance démographique. En parallèle, il est essentiel de mobiliser des ressources importantes pour améliorer la mobilité. Nos infrastructures saturées peinent à absorber correctement les flux de déplacement de la population. Outre les déclarations et les grands messages, il est nécessaire et urgent de proposer des solutions concrètes de développement des infrastructures de mobilité douce pour limiter le transport individuel motorisé. Si le projet Léman 2030 des CFF va dans cette direction, il faut réaliser qu’il ne constitue qu’un maillon d’une offre globale à développer.

Justement en matière de mobilité, quelles pistes semblent les plus prometteuses selon vous?

Il n’y a pas une solution unique à privilégier à tout prix. Comme en matière d’énergie, c’est le bon mix des différents moyens de transport qui constituera la solution la plus adéquate. Toutefois, en matière de mobilité individuelle, je pense que l’hydrogène a un bel avenir. Je suis convaincu que cette filière est amenée à occuper une place de plus en plus importante dans les transports, la logistique et la mobilité. En témoignent d’ailleurs les projets de grande envergure menés par les acteurs économiques actifs dans ces domaines. Bien sûr, encore faut-il veiller à utiliser des ressources énergétiques durables afin d’isoler l’hydrogène à partir de la molécule d’eau. On préférera évidemment le recours au solaire plutôt que les centrales à charbon pour cela. Sans constituer la solution unique et idéale sur le long terme, l’hydrogène doit plutôt être considéré comme une technologie de transition particulièrement prometteuse dans le contexte actuel. Permettant de concurrencer les acteurs de la mobilité électrique, les moteurs fonctionnant à l’hydrogène présentent également l’avantage de ne générer aucune émission de gaz à effet de serre. 

  • BG Ingénieurs Conseils en chiffres
  • Nombre de collaborateurs: 650 
  • Pays dans lesquels le groupe est implanté: 4
  • Chiffre d’affaires annuel: 96.9 millions de francs
  • Nombre de bureaux: 21
  • Nombre de bureaux par pays:
  • Suisse: 13
  • France: 5
  • Algérie: 2
  • Italie: 1
Advertentie