Directeur de la maison Caran d’Ache, Jean-François de Saussure évoque les défis que l’entreprise relève en traçant ses propres lignes directrices. Entre tradition, savoir faire et procédés novateurs, cet emblème de la créativité helvétique continue à écrire son histoire. Interview. 

C’est une entreprise connue de tous. Ou du moins, presque tout le monde a une fois manipulé un de ses produits finement et artisanalement élaborés.

Caran d’Ache c’est en effet plus d’un siècle d’existence. Et, pour beaucoup, c’est aussi un attachement quasiment émotionnel à la marque et à ce qu’elle véhicule.

Des crayons de couleurs que l’on découvrait avec une joie certaine étant enfant aux crayons gris avec lesquels on a appris à tracer ses premières lettres en passant par les fameux Neocolor, la Maison Caran d’Ache est ancrée dans l’esprit de tout un chacun avec une réelle dimension affective. Pour en savoir plus sur les nouveaux défis et les stratégies de l’entreprise, son directeur répond à nos questions.

Boutique Caran d’ache à Genève
Vous ressortez cette année une édition limitée du fameux 849. Il est élaboré avec l’aluminium récupéré sur les capsules Nespresso après leur utilisation. Dites-nous en plus sur ce que véhicule ce stylo en particulier.

C’est en effet un objet qui rappelle de nombreuses valeurs fortes auxquelles l’entreprise est attachée depuis ses débuts. Ce stylo hexagonal a été créé en 1969. Il est inspiré de la forme emblématique des crayons Caran d’Ache – initialement conçus pour éviter qu’ils ne se perdent en roulant sous le bureau. Aujourd’hui, il véhicule un message engagé en faveur du développement durable. Il s’agit d’une problématique que nous avons toujours placée au centre de notre activité.

Etant fabriqué à l’aide de l’aluminium récupéré sur les capsules Nespresso usagées, ce produit démontre les avantages de l’économie circulaire.

Avec un alliage d’aluminium différent de celui des stylos classiques que l’on est habitué à produire, sa fabrication a nécessité une réelle capacité d’innovation. Sans parler du fait que l’objet devait être tout aussi résistant que les autres 849, afin d’accompagner son propriétaire pendant toute une vie.

L’innovation est au coeur de votre stratégie. Parlez-nous des projets novateurs que vous menez actuellement.

L’innovation est avant tout notre marque de fabrique. Depuis toujours nous développons et faisons évoluer nos gammes afin de proposer régulièrement des nouveautés à nos consommateurs et fans. Tout en nous adressant au grand public, nous développons également des produits qui s’adressent aux artistes et autres dessinateurs dont les besoins techniques sont spécifiques.

Aujourd’hui nous innovons également en explorant de nouveaux processus de fabrication. Nous souhaitons favoriser une approche durable et locale, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en bois, une des matières premières nécessaires à la fabrication de nos gammes de crayons. Le plus souvent, nous utilisons du bois originaire des Etats-Unis en raison de ses excellentes propriétés. Mais depuis quelques années nous explorons les différents moyens de produire en recourant à du bois suisse. Un atout local que l’on utilise déjà et pour lequel nous entretenons d’étroites collaborations avec des experts forestiers. Toujours plus coûteux que son alternative en cèdre de Californie, ce procédé est amené à être encore amélioré.

Cette démarche nous tient particulièrement à cœur. En effet, en produisant des crayons en bois suisse, Caran d’Ache encourage l’utilisation plus intense des forêts. Ceci permet en retour de les entretenir et d’assurer leur fonction protectrice, tel que préconisé par la politique de la ressource bois de la Confédération.

L’innovation passe donc parfois par un retour aux sources ou, du moins, à des procédés plus traditionnels?

C’est exactement cela. Si l’innovation passe notamment par l’élaboration de nouvelles techniques et technologies, elle se traduit aussi par un retour au bon sens. En particulier lorsqu’il s’agit de résoudre des problématiques environnementales et durables parfois causées par des aberrations économiques. Dans ce sens, nous sommes revenus à des vernis aqueux par exemple. Ils sont élaborés à base d’eau. Ceci afin de garantir une sécurité optimale, notamment pour les enfants qui utilisent nos produits.

Comment fait-on pour défendre et appliquer cette culture locale en évoluant dans une économie toujours plus globale et compétitive?

Il s’agit avant tout de rester fidèle à ses valeurs. Historiquement, nous sommes présents en Suisse pour la proximité avec les Alpes, où l’on trouvait le graphite utilisé pour les mines des crayons. Depuis toujours, notre ancrage suisse et nos valeurs d’excellence sont au cœur de notre identité. C’est d’ailleurs pour cela que notre clientèle nous suit et nous apprécie. Les utilisateurs de nos produits ainsi que les consommateurs qui nous connaissent partagent ces mêmes valeurs. Et nous constatons également que ces valeurs fortes auxquelles nous tenons constituent un avantage certain en termes de confiance. Nos clients sont en effet nombreux à commander des articles en ligne sans même les avoir essayés en magasin auparavant. Ils font confiance à notre marque et à la qualité de nos produits.

En même temps vous entretenez une certaine proximité avec eux, par exemple par l’intermédiaire des ateliers que vous proposez dans vos enseignes.

Tout à fait. Il s’agit aussi de répondre aux demandes et souhaits du grand public, qu’il s’agisse d’amateurs de dessin ou d’écriture mais aussi de passionnés et d’experts dans ces domaines. Une demande que l’on observe d’ailleurs de plus en plus en Asie, notamment en Chine, où nous sommes ravis de renforcer notre présence suite à l’engouement constaté pour notre marque et nos ateliers. On constate par ailleurs que cet intérêt pour le papier, le dessin ou encore l’écriture et la pratique manuscrite ne cesse de croître parallèlement à la digitalisation et à l’essor des dispositifs connectés. Une bonne nouvelle, à la fois pour nous et pour la créativité illimitée qu’offrent ces pratiques.  

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