Portrait de Mary Wollstonecraft, autrice de Défense des droits de la femme, un des premiers essais féministes de l’histoire littéraire.

William Godwin, Vie et mémoires de Mary Wollstonecraft Godwin, Paris, 1802

Depuis plusieurs années, le monde semble se diriger vers une pensée prônant l’égalité entre homme et femme et la protection des femmes contre les violences et les inégalités. Aujourd’hui, le rôle et l’importance des femmes sont reconnus dans plusieurs domaines. Néanmoins, la route qui a mené à ces progrès a été longue et il semblerait que celle qui amènera à la juste et totale parité des sexes le sera davantage. D’après le rapport 2020 du Global Gender Gap, «Aucun d’entre nous ne verra la parité des sexes». Ceci est décourageant et fait sans autre réfléchir : «la parité des sexes ne sera pas atteinte avant 99,5 années».

Malgré ce rapport, il faut reconnaître que les efforts ont été nombreux. Ils ont amélioré et changent encore aujourd’hui la vie des femmes. En effet, plusieurs femmes se sont opposées au système. Elles ont crié à haute voix les injustices qu’elles subissaient et le besoin d’équité. Parmi ces femmes, Mary Wollstonecraft, essayiste, journaliste et femme de lettres née en Angleterre en 1759 et morte en 1797. Cette dernière n’a pas crié le besoin d’équité dans la société patriarcale de l’époque. Elle s’y est plutôt attaquée à l’écrit, au moyen de sa puissante plume.

Il est temps d’effectuer une révolution dans les mœurs féminines, il est temps de redonner aux femmes leur dignité perdue et de les faire contribuer en tant que membres de l’espèce humaine, à la réforme du monde.

Mary Wollstonecraft, Défense des droits de la femme, 1792
Origines de sa pensée révolutionnaire

Très jeune, Mary Wollstonecraft vit de près les problématiques dont elle discutera, plus tard, dans ses écrits. Habitant avec un père qui, sous l’emprise de l’alcool, devient violent envers sa mère, Mary se trouve très tôt entourée des injustices qu’elle dénoncera. Protégeant toujours sa mère des violences de son père mais également ses deux sœurs, elle devient la figure protectrice des femmes de sa famille. Adolescente, elle se sent déjà bien dans les environnements intellectuels. A 21 ans elle réalise que son entourage prône une vision décevante de la condition féminine. Avec une de ses amies et ses sœurs, elle voudra mettre en pratique sa vision de la situation des femmes. Elles fonderont alors une école qui, malheureusement, fera faillite quelques temps après. 

Femme de lettres : «la première d’un nouveau genre »

Lorsqu’elle travaille comme gouvernante, Mary remarque davantage les limitations imposées aux femmes, notamment à celles qui désirent travailler. Elle dénonce alors toutes ces injustices dans Pensées sur l’éducation des filles. Ensuite, allant à l’encontre des habitudes de l’époque et des limites posées aux femmes, elle décide d’être «la première d’un nouveau genre». Elle se lance alors dans une carrière purement littéraire. Plus tard, elle déménage à Londres où elle s’épanouit dans l’atmosphère littéraire qui l’entoure.

Défense des droits des femmes

En avance sur son temps, en 1792, elle publie Défense des droits de la femme, un des premiers essais féministes de l’histoire littéraire. Dans Vie et mémoires de Mary Wollstonecraft Godwin, son mari, William Godwin, écrit qu’elle «s’essaya sur un projet qui la touchait encore de plus près, sujet qu’elle avait vivement senti, sur lequel elle avait profondément médité, que […] toutes les circonstances de sa vie l’avaient irrésistiblement conduite à traiter». Dans ce puissant écrit, Mary soutient que les femmes méritent une éducation fondée sur la raison. Elle contredit alors les propos politiques et littéraires de l’époque, s’attaque à l’égalité entre hommes et femmes et à la nécessité d’une éducation égalitaire dès l’enfance. Elle dénonce aussi l’endoctrinement des femmes et l’absence totale d’opportunités économiques et professionnelles qui leur sont offertes. Cette pensée est bien révolutionnaire pour l’époque et place alors l’essayiste au milieu de critiques incessantes.

Un essai féministe?

Malgré cela, nous ne pouvons pas considérer son travail comme un réel écrit féministe puisque sa position n’est pas vraiment radicale. Comme le soutient Barbara Taylor dans son ouvrage sur la pensée de l’autrice : «Décrire [la philosophie de Mary Wollstonecraft] comme féministe est problématique […] L’ambition majeure qu’avait Mary Wollstonecraft pour les femmes était qu’elles pussent atteindre à la vertu, et c’est à cette fin qu’elle recherchait leur libération». Mary Wollstonecraft ne prône jamais, dans son texte, une égalité totale entre homme et femme comme le font les féministes aujourd’hui. Elle soutient que dans la plupart des domaines, hommes et femmes doivent être considérés égaux.

Je regarde depuis longtemps l’indépendance, comme le plus grand bonheur de cette vie, et même comme la base de toute vertu.

Mary Wollstonecraft, Défense des droits de la femme, 1792

Pourtant, Mary Wollstonecraft est une des grandes femmes de lettres dont le nom est trop souvent oublié. En avance sur son temps, par sa plume, elle a défendu les femmes comme une vraie féministe. Elle a fait également face aux critiques et a inspiré de nombreuses autres femmes. Par exemple, sa propre fille, Mary Shelley devient une fameuse écrivaine, la romancière Georges Eliot, de son vrai nom Mary Ann Evans s’inspire de ses pensées et Virginia Woolf lui dédie une partie de son essai Four Figures. Plus largement, Mary Wollstonecraft peut être considérée comme une des plus importantes femmes de la littérature et de l’histoire qui se sont posées le défi d’aller contre leurs temps et de prendre la défense de leur sexe.

Texte Andrea Tarantini 

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