Au sein du Credit Suisse, Pascal Besnard, Responsable de la Région Genève et des activités de gestion de fortune, et Michael Willimann, Responsable de la Région Suisse romande et des activités clientèle PM, nous en disent davantage sur le positionnement du Credit Suisse en matière de durabilité et de digitalisation. 

Quel est le positionnement du Credit Suisse en matière de développement durable?

Pascal Besnard: Au Credit Suisse, nous sommes conscients de notre part de responsabilité face aux changements climatiques. Nous souhaitons aligner nos portefeuilles de crédit avec les accords de Paris sur le climat. Parallèlement, nous développons des stratégies pour aider nos clients dans les secteurs concernés. Nous les aidons à passer à une économie sobre en carbone et respectueuse du climat et poursuivons notre engagement en faveur des énergies renouvelables. Nos clients y sont très sensibles et leur intérêt vis-à-vis des solutions proposées est grandissant. Ainsi, nous offrons à tous nos clients une gamme toujours plus large de produits d’investissements financiers ESG qui ont le potentiel de surpasser le marché à long terme. 

Par exemple?

Par exemple, Credit Suisse Asset Management a adopté les critères ESG (facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance) pour sa gamme de produits. Les objectifs fixés sont d’atteindre 100 milliards d’actifs sous gestion d’ici à fin 2020. Credit Suisse vient aussi de lancer un fond, «Le consommateur responsable». Ce dernier offre la possibilité d’investir dans des entreprises susceptibles de bénéficier des changements déclenchés par cette transition mondiale. Par ailleurs, les premières émissions d’obligations vertes en Suisse ont été émises en 2017 à Genève avec notre concours. 

Comment cela se concrétise auprès de vos clients entreprises?

Michael Willimann: Nous sommes confrontés à un défi très concret. Actuellement, l’économie mondiale dépend à 80% des énergies fossiles, pétrole et gaz naturel. Notre défi est d’aider les entreprises à s’engager dans une transition énergétique plus rapide en faveur d’énergies renouvelables. Ceci sans mettre dangereusement en jeu les équilibres économiques, ce qui aurait des conséquences sociales importantes. Nous entretenons un dialogue stratégique et constructif régulier avec nos clients à ce sujet. Nous soutenons alors leurs projets dans ce sens. Pour avoir des contacts réguliers avec de très nombreux chefs d’entreprise, je confirme que ces derniers ont pris conscience de l’importance des enjeux. Ils sont prêts à s’engager toujours davantage en faveur d’une transition énergétique. Concrètement, nous les soutenons dans leurs projets, de leur développement à leurs innovations jusqu’aux investissements. 

Comment les défis et impératifs en matière de durabilité impactent-ils les affaires et l’organisation du Credit Suisse? 

Michael Willimann: Le comportement des consommateurs est en train de changer. Les gens – en particulier les Milleniaux – s’interrogent sur notre fabrication, utilisation et élimination des biens et services. Cela a un impact sur les modèles ainsi que sur les écosystèmes d’affaires et les chaînes d’approvisionnement. Cette perturbation entraîne des possibilités pour les investisseurs. Nous devons en tenir compte.

Pascal Besnard: le Credit Suisse a identifié ces défis. Notamment notre CEO Tidjane Thiam, qui a créé un département Impact and Advisory placé sous sa responsabilité directe en 2017. En ce qui concerne notre engagement en tant qu’entreprise, le Credit Suisse a atteint la neutralité carbone à l’échelle mondiale en 2010. De plus, depuis nous ne cessons de réduire notre propre consommation d’énergie. A Genève, nous avons créé l’an passé un groupe de travail pour sensibiliser et motiver nos collaborateurs à s’engager à titre personnel. 84% sont sensibles à ce thème et sont prêts à faire des efforts supplémentaires et particuliers en 2020. 

En tant que pays de l’innovation, la Suisse compte de nombreuses entreprises actives dans ce vaste domaine. Comment vous positionnez-vous en tant qu’acteur bancaire de premier plan pour soutenir cet élan novateur en Suisse?

Michael Willimann: Le Credit Suisse se veut fidèle à l’esprit de son fondateur, Alfred Escher. Il a fondé le Credit Suisse en 1856 pour favoriser le développement du chemin de fer en Suisse ainsi que son économie. Nous nous définissons ainsi comme étant la «Banque des Entrepreneurs». Le succès de la Suisse repose sur les épaules de ces derniers. Et notamment, sur leurs capacités à innover pour s’adapter à l’évolution des marchés et des besoins. Avec plus de 100 000 clients entreprises en Suisse, nous sommes un établissement leader pour le service aux entreprises. Nous avons à cœur de le rester. Être la «banque des entrepreneurs» signifie que nous ne vendons pas des «produits» mais un accompagnement des projets entrepreneuriaux sous toutes leurs formes.

Prenez-vous davantage de risques?

Ces dernières années, l’appétit pour le risque s’est quelque peu accru pour répondre aux besoins croissants de l’économie suisse. Nous soutenons l’entrepreneuriat naissant. Ceci notamment par le biais de notre propre véhicule de capital-risque, le Credit Suisse Entrepreneur Capital. Créé en 2010, il dispose de 200 millions de francs pour financer la dette junior. Nous collaborons avec le fonds de technologie de la Confédération. Ce dernier accorde des cautionnements de prêt allant jusqu’à 3 millions de francs aux PME qui contribuent à protéger le climat. Nous offrons également des plateformes qui mettent en contact les entreprises naissantes avec nos clients à la recherche d’opportunités d’investissement. En outre, les fonds de Private Equity offrent un potentiel important de levée de fonds pour garantir et faciliter le démarrage et l’expansion des jeunes entreprises.

Aujourd’hui on parle de digitalisation dans tous les domaines. Quel regard portez-vous sur cette tendance? Comment Credit-Suisse implémente-t-il cette dernière pour ses besoins et celui de ses clients?

Pascal Besnard: Les banques sont aujourd’hui confrontées à une variété de défis et à un environnement de marché modifié, façonné par des taux d’intérêt négatifs, par de nouveaux acteurs outsiders qui souhaitent profiter de la numérisation, sans oublier l’évolution du comportement des clients. La segmentation classique de la clientèle est en effet en train de changer. Quelle que soit la taille de leurs actifs, de nombreux clients veulent gérer leurs avoirs de manière indépendante et numérique. En même temps, nous devons continuer à satisfaire tous ceux qui apprécient l’échange personnel avec leur conseiller. C’est pourquoi le Credit Suisse a décidé de s’adapter à l’évolution des attentes de ses clients et d’ajuster en conséquence le modèle commercial de sa division suisse. Ainsi nous pouvons nous concentrer davantage sur les besoins simples et plus complexes de nos clients. Nous devons donc lancer des solutions inédites pour satisfaire tous les souhaits de notre clientèle. 

Lesquels? 

Le Credit Suisse a pris des initiatives à cet effet. Nous avons notamment créé une nouvelle division intitulée «Direct Banking». Son objectif consiste à proposer un nouveau modèle d’affaires pour répondre à l’évolution des comportements ou des habitudes. Nous sommes partis du principe que l’élément déterminant du succès à long terme ne sera pas le plus grand réseau de succursales, mais la meilleure offre numérique, alliée à un conseil, quels que soient l’heure et le lieu, et à une qualité du service irréprochable. En offrant une gamme complète qui combine les avantages d’une banque digitale et universelle traditionnelle, nous nous distinguons de certains nouveaux compétiteurs qui se concentrent sur des produits bancaires de base ou sur une offre spécifique.

Cette offre répond-elle aussi aux besoins des entreprises?

Michael Willimann: Si cette nouvelle division est dédiée aux clients privés et à ceux des arts et métiers, des investissements substantiels sont aussi consentis pour les solutions numériques. Et ceci, dans les domaines à forte intensité de conseil à l’intention des clients fortunés, entrepreneurs, entreprises et clients institutionnels. Concernant les entreprises d’une certaine taille, une offre combinée implique la création de tout un écosystème fait de partenariats que nous avons mis en place et développons avec des Fintechs. Nous mettons cet écosystème à leur disposition. La numérisation doit vraiment avoir pour objectif de soutenir, compléter et simplifier les activités et processus bancaires pour le profit de toutes les parties prenantes. Nos efforts ont d’ailleurs été reconnus en septembre 2019. Dans une étude réalisée par e.foresight et la Zone Franche Industrielle, le Credit Suisse a été classé comme étant «la plus digitale» des banques d’entreprises. 

Interview Thomas Pfefferlé   Photos Credit Suisse

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