A Genève, l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC) multiplie les démarches afin de favoriser l’apprentissage. Le modèle dual helvétique présente de nombreux avantages, tant pour les jeunes en début de carrière que pour les entreprises formatrices. Explications avec le directeur général de l’OFPC, Gilles Miserez.

Dans la vie professionnelle d’un jeune, l’apprentissage constitue une étape décisive. Ayant fait ses preuves tout en étant reconnu pour ses avantages sur la scène internationale, le système dual suisse continue d’être une référence en matière de formation et d’accès au marché de l’emploi. En activité au sein d’entreprises formatrices, les jeunes bénéficient ainsi d’un encadrement pratique et d’une mise en contexte professionnel aussi efficiente que réaliste. Ceci, tout en continuant à se former au niveau théorique et culturel à raison d’un ou deux jours par semaine. A Genève, l’OFPC agit en vue de sensibiliser les jeunes et les entreprises sur les intérêts communs qu’ils partagent.

Présentez-nous les activités principales de l’OFPC et le rôle qu’il joue la formation professionnelle.

Gilles Miserez: L’OFPC est l’autorité de surveillance de l’apprentissage au sein du canton de Genève, pour les deux filières CFC (certificat fédéral de capacité) et AFP (attestation fédérale de formation professionnelle). Dans ce cadre, nos missions englobent de nombreuses tâches. Nous nous occupons de l’enregistrement des dossiers des apprentis, de la supervision des contrats établis entre les entreprises formatrices, les jeunes et leurs parents (s’ils sont mineurs), du suivi des jeunes durant leur formation, de la remise des diplômes, etc.

Les idées reçues et les informations inexactes véhiculées au sujet de certaines professions sont encore trop nombreuses.

Vous avez également développé tout un volet consacré à la formation continue des adultes?

Oui, c’est exact. Nous avons développé ces prestations pour répondre aux besoins des personnes qui sont actives dans un domaine depuis de nombreuses années mais qui ne bénéficient pas d’un titre ou d’un diplôme reconnu. Ces prestations nous permettent d’encadrer ces adultes pour leur permettre de faire reconnaître leur expérience professionnelle en vue d’obtenir un titre, une attestation ou un diplôme. Nous leur offrons également la possibilité de se présenter à l’examen final pour obtenir une certification fédérale. C’est une approche plutôt novatrice et qui, lors de son lancement à Genève il y a 20 ans, était pionnière en Suisse. Aujourd’hui nous proposons cet encadrement dans une centaine de professions et dans les secteurs les plus demandeurs comme ceux de la santé, du social, de la restauration et de la construction. Pour des personnes d’origine étrangère, c’est aussi un outil utile qui contribue à favoriser l’intégration et la reconnaissance professionnelle.

D’ici à 2023, nous entendons ainsi développer l’offre de places en passant de 1820 entreprises formatrices actives aujourd’hui à 2300.

La formation professionnelle c’est aussi une question d’orientation. Comment agissez-vous sur ce point?

Notre service de l’orientation scolaire et professionnelle compte une soixantaine de psychologues spécialisés dans ces questions de conseil. Il anime une permanence ouverte toute la semaine au sein de la Cité des Métiers, notre espace d’accueil et d’information. Les jeunes – et les moins jeunes – peuvent donc s’y rendre pour poser leurs questions, passer des tests d’orientation et obtenir des conseils ciblés. Le service assure aussi des permanences au sein des écoles pour aider les jeunes à définir leur projet en fonction de leurs envies et compétences. A travers le projet Go-Apprentissage, nous souhaitons aiguiller les élèves du cycle d’orientation vers les filières d’apprentissage, en particulier en système dual (entreprise-école). A la Cité des Métiers, nous organisons par ailleurs des ateliers pour se préparer à l’entretien d’embauche, rédiger un CV et une lettre de motivation.

L’information étant un enjeu crucial, parlez-nous des actions menées par votre service de l’information.

Il est vrai qu’aujourd’hui l’accès à l’information et la manière de la «consommer» représentent des enjeux centraux. Notre service de l’information s’implique donc activement pour offrir et développer toutes sortes de prestations permettant de découvrir des métiers et des filières de formation. Il organise notamment des événements comme les «Zooms Métiers». Le principe consiste à présenter – dans nos locaux ou chez certains de nos partenaires – un domaine ou un secteur d’activité, au contact direct de professionnels et de jeunes en formation, apprentis ou étudiants. Car les idées reçues et les informations inexactes véhiculées au sujet de certaines professions sont encore trop nombreuses. C’est aussi pour cette raison que nous avons lancé, avec la collaboration des établissements scolaires, une prestation d’information à destination des parents d’élèves du CO.

Employez-vous aussi d’autres moyens d’information pour mettre en valeur la formation professionnelle?

Tout à fait. Nous avons lancé récemment plusieurs campagnes de communication en partenariat avec des médias locaux tels que la chaîne de télévision Léman Bleu et la radio One FM. Des capsules vidéo et audio y sont diffusées depuis janvier pour faire connaître l’apprentissage sous toutes ses formes: présentation de métiers, passerelles et formations supérieures, etc. Nous publions également des articles dans les cahiers Emploi et Formation de la Tribune de Genève et de 24Heures. Et nous sommes bien entendu actifs sur les réseaux sociaux.

La mobilité nationale et internationale des jeunes apprentis fait également partie de nos objectifs.

Quel est le prochain grand événement que vous organisez en matière d’orientation et de formation professionnelle?

Le 4 mars prochain aura lieu le Printemps de l’apprentissage au Pavillon Sicli. Ce recrutement en direct permet aux jeunes d’accéder aux entreprises formatrices présentes pour l’occasion. Ils peuvent passer de brefs entretiens, laisser leur CV et d’établir des contacts en vue de leur future formation professionnelle. L’entrée est libre et les participants peuvent donc transmettre leur dossier aux entreprises qui les intéressent. C’est comme un speed dating de la formation professionnelle. Les jeunes peuvent décrocher une place d’apprentissage ou un premier stage. L’événement est bien entendu ouvert à tous les jeunes intéressés, même hors de Genève. Cependant, la matinée sera réservée aux élèves du CO que nous espérons voir très nombreux à cette occasion.

De manière générale, quels sont les grands axes sur lesquels l’OFPC base son activité pour répondre aux enjeux d’avenir?

Nous nous sommes fixé un certain nombre d’objectifs à moyen terme pour renforcer encore l’apprentissage dans notre canton. D’ici à 2023, nous entendons ainsi développer l’offre de places en passant de 1820 entreprises formatrices actives aujourd’hui à 2300. Même chose pour le nombre de contrats d’apprentissage en filière duale que nous voulons monter à 2800 en 2023. Tout cela passe évidemment par un certain nombre d’actions concrètes de prospection et de sensibilisation.

Il faut ainsi rappeler que, pour une entreprise, former des jeunes présente de nombreux avantages. Et ceci même en termes de rentabilité comme l’a démontré un récent rapport du SEFRI. Il faut aussi souligner que des places d’apprentissage manquent encore dans des secteurs pourtant porteurs en région genevoise. Il s’agit de la banque, la finance, l’horlogerie ou encore l’hôtellerie. Enfin, la mobilité nationale et internationale des jeunes apprentis fait également partie de nos objectifs. Des échanges que nous voulons notamment développer en Suisse ainsi qu’avec les pays anglo-saxons.

Interview Thomas Pfefferlé      Photo Loris von Siebenthal

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