Beaucoup de gens pensent que chanter n’est pas un vrai métier. Mais, très jeune, Brigitte Tornay, n’était pas du même avis. Elle a donc interrompu sa formation de peintre et est devenue chanteuse d’opéra. Elle réalise alors son rêve.

Le café de la gare est vide. De la musique classique est jouée en arrière-plan. Brigitte Tornay arrive avec ses valises car, dans quelques heures, elle part pour l’Italie. Elle sort sa trousse de maquillage de son sac et se prépare. Avant ses performances, elle se maquille toujours. Cette chanteuse d’opéra de 23 ans vit à Thoune. Elle a deux demi-frères et une demi-sœur. La cantatrice parle couramment l’allemand et le français. De temps en temps, elle chante aussi dans ces langues. Brigitte parle également l’anglais et comprend le russe, car elle a beaucoup chanté en russe ces deux dernières années. Depuis peu, elle apprend l’italien. La maîtrise de cette langue est devenue très importante dans le chant classique. En effet, de nombreuses œuvres d’opéra sont chantées en l’italien. 

À part le chant, Brigitte aime pratiquer le yoga. Elle pense que, le matin, cette activité est un bon échauffement pour le corps, notamment pour la respiration. La jeune femme aime aussi cuisiner. Ces activités lui permettent de se détendre. Sa famille et la nature l’aident également à se ressourcer. Ses amis la décrivent comme une personne loyale mais un peu trop franche: «parfois, je suis trop honnête, ça peut faire mal. Mais je préfère être honnête plutôt que déloyale», avoue-t-elle.

À l’âge de 9 ans, Brigitte Tornay apprend à jouer de la guitare et, pendant sa formation de chanteuse d’opéra, elle maîtrise le piano. Mais qu’en est-il de son temps libre? Se consacre-t-elle aussi à la musique classique? Rarement. L’artiste préfère le swing électro, le jazz et les musiques phares du moment. Et les idoles qui inspirent la chanteuse «ne sont même pas liées à la musique classique», dit-elle en souriant. Elle adore Marilyn Monroe, Karl Lagerfeld et Johnny Hallyday, la légende du rock français. 

Une formation intense 

Bien qu’arrivée à la Haute école des Arts de Berne avec peu de connaissances théoriques, Brigitte Tornay réussit tout de même son examen d’entrée. Elle nous confie: «les professeurs n’ont jamais vu un examen théorique aussi catastrophique que le mien. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir chanter». L’étudiante a dû beaucoup travailler pour réussir, «c’était faisable, mais il s’agissait néanmoins d’un parcours vraiment difficile. Parfois, j’étais vraiment stressée. J’ai même eu besoin de cours de soutien», avoue la chanteuse. La deuxième année d’études a été la plus dure. Son emploi du temps était surchargé. «Souvent, je rentrais à la maison et je dormais seulement cinq heures, car j’avais encore des spectacles musicaux le lendemain matin. C’était fatiguant, mais j’ai réussi», nous explique Brigitte.

Aujourd’hui, elle est en dernière année de son «Master of Arts in Music Performance with Minor in Opera». «Comme dans toute formation, il y a des choses géniales et d’autres moins. Mais j’ai beaucoup appris, j’ai rencontré des personnes formidables et j’ai participé à des projets passionnants», explique la chanteuse. Après cette formation, de nombreuses options de carrière s’offrent aux étudiants: autant compositeur que critique musical. Brigitte, quant à elle, s’est tout de suite dirigée vers le chant: «je ne me suis même pas demandée si mon projet était réalisable. Je voulais juste aller jusqu’au bout de mon rêve», affirme-t-elle.

Chanter, chanter et encore chanter!

Brigitte Tornay a découvert le chant très tôt. À quatre ans, elle s’amusait déjà à s’exhiber dans la voiture de son grand-père. Elle raconte: «c’est là que j’ai su que je voulais être chanteuse. La musique, c’est ma vie, mon tout». Son grand-père l’a introduite au monde de la musique classique. «On était en route pour l’Italie. Nous sommes passés devant des champs et, en arrière-plan, il y avait de la musique classique. C’était un moment formidable», se souvient la jeune femme. Brigitte chante avec une voix de soprano entièrement lyrique. Elle estime qu’elle chantera dans cette tonalité pour le reste de sa vie. De toute façon, comme elle nous l’explique, un chanteur qui maîtrise la technique classique peut tout chanter. 

La jeune femme se consacre au chant jusqu’à trois heures par jour. Les répétitions qui précèdent un concert sont différentes de celles organisées avant une production. Brigitte nous explique que, la veille au soir d’un concert, un chanteur d’opéra discute généralement des tempi avec le chef d’orchestre. Le lendemain matin, les artistes sont aidés par un répétiteur et s’entraînent également pour des répétitions scéniques. Brigitte doit beaucoup s’exercer. Mais elle est bien soutenue: l’université, par exemple, lui a attribué un professeur de chant. En outre, la jeune soprano est aussi suivie par un professeur de chant en Italie. Ils se voient au moins une fois par mois: «il me soutient beaucoup. J’ai eu beaucoup de chance de le rencontrer».

Un vrai marathon

Et qu’en est-il de la préparation d’un concert? Brigitte nous explique que, avant un concert, il est important de prendre soin de sa voix. Un concert d’opéra traditionnel ne dure généralement pas plus de trois heures. Il est ponctué de quelques pauses afin qu’aucune partie ne dure plus de 40 minutes. Mais, en général, la durée d’un concert dépend de l’opéra chantée. Les œuvres scéniques du compositeur Richard Wagner sont une exception. La soprano explique: «avec Wagner, on peut être sur scène pendant quatre heures. À la fin du spectacle on ne tient plus debout». Lors de la répétition de l’après-midi, il n’y a qu’un chant partiel et non complet. De plus, le chanteur doit toujours chanter une octave plus bas, afin que la voix se détende. Ensuite, il faut que la voix se repose: le silence est alors nécessaire. 

Pour préserver sa voix, il faut éviter les produits laitiers et l’alcool. Brigitte n’a jamais perdu sa voix en chantant. Mais, quelques fois, sa voix est devenue plus rauque. «Cela arrive après cinq heures de travail. Mais au final, cela s’estompe. Le lendemain matin, tout va de nouveau bien», explique-t-elle. Son opéra favori? «La Wally» du compositeur Alfredo Catalani. À l’avenir, la jeune femme de 23 ans aimerait évoluer davantage, chanter mieux et plus vite afin de développer son potentiel. 

Passion et profession 

Brigitte rêve d’une carrière de soliste. «Mais ceci n’est possible que pendant un certain temps, car malheureusement la vie fait son cours et je vieillis aussi», dit-elle. Pourtant, même à 60 ans, elle espère continuer à enseigner et à transmettre son expérience aux jeunes. «Le chant permet de bien gagner sa vie. Mais un chanteur doit vraiment beaucoup travailler et s’exercer», précise Brigitte Tornay. Les chances de succès augmentent, si l’expérience est importante et qu’elle peut être démontrée. La soprano affirme: «c’est un chemin difficile, il faut en être conscient. Il faut être courageux et ne pas s’apitoyer sur son sort».

Brigitte n’a jamais ressenti le désir d’abandonner sa passion. Elle a juste peur de tomber malade car «un léger rhume peut mettre fin à votre carrière. Il vous empêche de chanter pendant une semaine et c’est fini», nous explique-t-elle. De plus, il faut savoir que «les chanteurs n’ont jamais de résidence permanente». Son professeur a toujours vécu dans plusieurs appartements situés dans le monde entier. «C’est une vie de nomade. Il y a des moments où les nerfs sont à vif, mais c’est positif», souligne la chanteuse, qui prévoit de s’installer en Italie. Elle aimerait pouvoir se rendre bientôt en vacances sur l’île allemande de Föhr. Elle adore cette région.

«Chanter et rentrer chez soi»

La chanteuse reçoit beaucoup d’e-mails et d’appels téléphoniques pour les castings. Son professeur et son agent l’informent aussi des différentes possibilités qui s’offrent à elle. Les préparatifs commencent alors trois mois avant. «On me dit: pratiquez, pratiquez, pratiquez jusqu’à ce que ça donne bien», raconte Brigitte Tornay. Et si elle a des problèmes avec un opéra? «En cas d’urgence, je déterre un ancien aria, je le regarde d’abord rapidement et je le chante ensuite», explique-t-elle. 

S’exercer est nécessaire mais Brigitte recommande de ne pas exagérer, «autrement il y a un coup d’adrénaline, puis on dirait que c’est un robot qui chante». Avant une audition, la chanteuse aime s’entraîner avec un pianiste. «Je dois être capable de chanter l’aria avec l’accompagnement musical du pianiste», souligne la jeune femme. De plus, avant un casting, la chanteuse d’opéra demande conseil à son professeur et lui envoie des enregistrements. «Tout cela est comme une préparation à un concert pour moi. Pendant les castings il faut donc seulement chanter et ensuite rentrer chez soi», explique-t-elle. S’ils sont intéressés, les réalisateurs posent quelques questions supplémentaires. Brigitte reçoit ensuite une réponse directement ou par courrier électronique.

La musique c’est ma vie, mon tout.

Rester calme sur scène

La cantatrice a commencé par des apparitions dans des opérettes. «Frau Luna» de Paul Lincke est la première pièce musicale à laquelle Brigitte a participé. Puis, elle est apparue dans l’opérette «der Vogelhändler» de Carl Zeller. Elle a aussi joué dans la comédie musicale «Kiss Me, Kate» de Bella et Sam Spewack. En ce moment, on la voit très souvent dans les œuvres de Donizetti. D’ailleurs, en janvier de cette année, elle a joué le rôle d’ «Adina» dans l’opéra «L’elisir d’amore» de Gaetano Donizetti. «Cet opéra me tient à cœur, il est super drôle», ajoute la chanteuse. Le genre d’opéra que Brigitte n’a pas vraiment essayé est l’ «opera buffa».

Chanter le dernier air de «Adina» a été une expérience spectaculaire pour Brigitte Tornay. «Le public italien a adoré le spectacle et n’arrêtait pas d’applaudir», explique-t-elle. Je suis restée sur scène, comme on me l’avait ordonné et je n’ai pas été me reposer tout de suite. J’étais infiniment reconnaissante, surtout à mon professeur. C’est lui qui m’a aidée à chanter comme ça». À San Remo, elle apparaîtra dans l’opéra «Madama Butterfly» de Giacomo Puccini. La chanteuse s’est déjà produite en Suisse, en Italie et, l’année prochaine, elle sera en Allemagne. Avant ses concerts, Brigitte se rend généralement dans sa loge. Alors que d’autres chanteurs méditent, la cantatrice, sort ses écouteurs et écoute du heavy metal ou une musique qui lui convient à ce moment-là. Puis «je sautille. Parfois, je chante aussi en écoutant les chansons de Johnny Hallyday», révèle-t-elle.

Son conseil pour rester calme? Accepter le stress et ne pas en faire un drame. En général, si on ne fait pas d’erreurs pendant les répétitions, on n’en fait pas lors du concert. La jeune femme souligne qu’«au mieux, la nervosité se transforme en joie et en énergie positive, car l’on vit un grand moment sur scène». Parmi ses œuvres scéniques préférées figurent «Otello» de Giuseppe Verdi et «Il barbiere di Siviglia» de Gioachino Rossini. «Je pourrais voir cette œuvre cent fois par jour», déclare Brigitte. Elle aimerait jouer le rôle d’Isolde dans «Tristan et Isolde» de Richard Wagner. «Isolde vit un moment dans lequel amour et mort sont liés. C’est très beau à chanter», affirme-t-elle. «Je pense que c’est génial de se glisser dans d’autres rôles, surtout s’ils sont drôles. Si vous avez peu en commun avec le rôle, c’est plus difficile», explique-t-elle.

Une passion qui partage

Brigitte Tornay nous raconte: «mes proches ont des opinions différentes sur ma passion. Certains pensent que mon travail n’est pas un bon gagne-pain et qu’il n’est pas assez commercial. Je dois dire qu’ils n’ont jamais été à l’opéra». D’autre part, ses amis et ses parents pensent que tout cela est formidable, ils la soutiennent activement et l’admirent. Ils sont également très intéressés et se rendent toujours aux concerts. «Certaines personnes disent qu’elles n’aiment pas l’opéra, mais elles pensent que c’est génial que je fasse partie de ce monde. D’autres viennent me voir et ensuite elles sont enthousiasmées par le monde de l’opéra», dit-elle.

«Il y a dix ans, la musique classique n’avait pas un tel succès. Aujourd’hui, elle devient de plus en plus populaire», signale Brigitte Tornay. Souvent, «l’histoire et le contexte d’une œuvre d’opéra sont trop compliqués à expliquer. Si la description en soi dure une heure, on n’a pas envie d’aller à l’opéra. Il faut présenter la pièce, mais non d’une manière dramatique», soutient la chanteuse. C’était aussi le cas pour elle. C’est pour cette raison que Brigitte recommande des livres dans lesquels les opéras sont décrits de manière brève et concise: «si l’opéra était présenté aux gens de cette façon, probablement que plus de gens seraient intéressés.»

Texte Chantal Somogyi

Traduit de l’allemand par Andrea Tarantini 

Advertentie