L’avènement de la numération a influencé fortement l’écriture manuscrite qui, aujourd’hui, contrairement à l’écriture numérique, perd de son importance. Néanmoins, dans le cadre de formulaires ou demandes administratives, il est encore courant d’exiger des documents manuscrits. Voici ce que l’écriture peut révéler d’une personne et de son caractère.

Bien qu’à l’école nous apprenions tous à écrire à la main, il est moins évident aujourd’hui que cela reste d’actualité. Les listes de courses sont tapées sur un téléphone portable, les communications personnelles passent par Whatsapp ou par des applications similaires et, même au bureau, les doigts frappent les touches d’un clavier plutôt que de caresser les contours d’un stylo. 

L’écriture est une expression de notre individualité et de notre créativité qui s’avère aussi reconnaissable que les expressions du visage et les gestes.

Doris Aerne

Ces changements peuvent avoir des conséquences importantes. C’est ce que confirme Doris Aerne, graphologue diplômée qui gère son propre cabinet à Zürich: «si nous oublions d’écrire à la main, à cause des smartphones et des ordinateurs, notre intellect ainsi que notre imagination seront réduits à leur rôle purement fonctionnel». Alors que les textes dactylographiés semblent tous uniformes et ne peuvent être attribués au rédacteur uniquement à l’aide de caractéristiques stylistiques, la personnalité d’un auteur transparaît de manière évidente dans l’écriture manuscrite. «L’écriture est une expression de notre individualité et de notre créativité qui s’avère aussi reconnaissable que les expressions du visage et les gestes», commente Doris Aerne.

Histoire de la graphologie

Que fait un graphologue? Si vous n’avez pas de réponse à cette question, c’est normal. En effet, cette profession est rare. D’ailleurs, peu de gens connaissent l’histoire passionnante du domaine de la graphologie. Doris Aerne nous explique que «la graphologie systématique est devenue possible suite à l’expansion de l’écriture individuelle. 

Néanmoins, dans l’Antiquité, des auteurs avaient déjà remarqué le lien existant entre certains aspects de l’écriture et des traits de la personnalité. Bien que les discussions concernant ce sujet aient été nombreuses, elles sont restées éparses et marginales. Ce n’est qu’au début du XVIIème siècle qu’un médecin et philosophe italien, Camillo Baldi, tente de systématiser ses théories sur la graphologie. Mais contrairement à celles de ses successeurs et, principalement, aux écrits de Johann-Caspar Lavater, l’œuvre de Baldi reste inconnue. En effet, c’est Lavater qui inspira les premiers graphologues et qui mena Jean-Hippolyte Michon à la création du terme «graphologie» composé par les termes grecs «graphein», qui signifie écriture et «logos» correspondant au mot science. 

De Michon à la généralisation de la graphologie comme science

Doris Aerne nous parle davantage de Jean-Hyppolite Michon. La spécialiste soutient qu’il «s’agissait d’un empiriste qui essayait de regrouper les caractéristiques de l’écriture des personnes qu’il connaissait afin de les lier à des traits de leur personnalité». Dans les autres pays, le développement de la graphologie est passé par de nombreux scientifiques avant de connaître une généralisation importante. En France, par exemple, «le système Michon a été développé par Jules Crépieux-Jamin. En Allemagne, ce sont principalement des psychiatres et des psychologues qui se sont occupés du développement de la graphologie. Au XXème siècle, les pays germanophones ont bénéficié également des études d’autres pionniers importants comme Ludwig Klages, Max Pulver, Rudolph Pophal et Robert Heiss». 

Ce n’est que dans la moitié du XXème siècle que la graphologie a connu son apogée et qu’elle «a été enseignée comme science jusqu’à la fin des années 1980», continue Doris Aerne.

L’écriture: un livre ouvert sur la personnalité

Lorsque Doris Aerne reçoit un extrait d’écriture à analyser, elle peut développer une connaissance approfondie de l’auteur en question. La graphologue identifie les qualités et les défauts de l’auteur et son attention est toujours dirigée sur le potentiel de chaque individu. «Plus précisément, l’écriture révèle si une personne est communicative ou réservée, si est plutôt déterminée dans ses projets. Mais aussi s’il s’agit d’une personne organisée, fiable, sociable et apte à diriger une équipe. Il est aisé de comprendre si l’auteur dont j’analyse l’écriture est une personne traditionnaliste ou innovatrice et créative», affirme l’experte.

Est-ce qu’un graphologue peut déterminer si une personne est mentalement instable grâce à son écriture? Doris Aerne nous explique que «les maladies mentales ou même physiques (sauf la maladie de Parkinson) ne peuvent pas être clairement interprétées». Cependant, il existe des astuces pour savoir si une personne est atteinte d’épuisement professionnel, par exemple. L’experte souligne qu’il peut être utile de faire attention aux «signes d’usure dans l’écriture».

Ni ésotérisme, ni interprétations sauvages

Mes interprétations résultent d’un travail analytique et de nombreuses années d’expérience.

Doris Aerne

Il est probable que de nombreuses personnes ne savent pas que l’on peut apprendre beaucoup sur un individu en analysant son écriture. En revanche, pour Doris Aerne, c’est habituel. En effet, elle avance que pour connaître une personne, «il lui faut plusieurs heures d’analyse minutieuse de son écriture». Ses clients sont souvent surpris de voir à quel point l’experte peut décrire la personnalité des gens. La graphologue nous avoue que, grâce à l’analyse de l’écriture, elle peut connaître plus de 80 pour cent des traits de caractères d’une personne. L’experte rassure également les sceptiques: «il ne s’agit ni d’ésotérisme, ni d’une interprétation sauvage, réalisée sans preuves réelles. Mes interprétations résultent d’un travail analytique et de nombreuses années d’expérience qui m’ont amenée à travailler avec des profils très différents». 

L’importance de l’écriture manuelle

Même si de nombreux jeunes et adultes utilisent un clavier plutôt qu’un stylo, il existe encore plusieurs raisons de préférer ce dernier. Doris Aerne souligne que «l’écriture manuelle favorise les performances mentales et renforce la mémoire. En effet, il est plus facile de se souvenir du contenu d’un texte que l’on écrit à la main. C’est ce qu’ont montré des études réalisées avec des étudiants. Enfin, la signature manuelle est, encore aujourd’hui, un signe d’authenticité sur des documents officiels». 

«Une écriture illisible est signe d’intelligence»

Souvent, les gens qui ont une écriture difficile à lire soutiennent qu’il s’agit là d’un signe de leur intelligence. Mais cette justification a-t-elle vraiment un sens? Doris Aerne explique que cette affirmation est trop générale: «une écriture hâtive, avec des raccourcis élégants et créatifs, qui présente une certaine esthétique et une bonne structure, permet de tirer des conclusions sur l’intelligence de l’auteur. Mais <intelligence> est un grand mot et il n’y a pas que les capacités intellectuelles qui comptent mais aussi l’intelligence émotionnelle et pratique, que l’on a ou non à sa disposition et qui est liée aux capacités de réflexion».

Analyser sa propre écriture

Vous avez envie d’analyser votre propre écriture? Pour cela, Doris Aerne conseille de se demander, par exemple, «pourquoi est-ce que je prends autant ou si peu de place sur le papier? Cette introspection passant par l’écriture est difficile à mettre en œuvre car il faut être objectif. C’est pourquoi l’interprétation de sa propre écriture n’est pas réellement envisageable. Surtout si l’on ne connaît pas bien les connexions entre les aspects de l’écriture et ceux du caractère. Dans ce sens, se fier à l’expertise d’un graphologue peut constituer un précieux atout. 

Voici quelques traits de personnalité qui peuvent être déduits par une analyse de l’écriture:
Une écriture puissanteVitalité, personnalité robuste, persuasive, dynamique, dévouée, affirmée, persévérante. Mais aussi caractère expansif, dominant, intransigeant, peu empathique, colérique
Une écriture mal encrée sur la feuilleFlexibilité, sociabilité, sensibilité, empathie. Mais aussi: personne qui se distrait facilement, peu résistante et appliquée, pas très persévérante
Utilisation de gros caractèresconfiance en soi, personne qui aime être au centre de l’attention, optimiste, extravertie, communicative et souvent émotionnelle. Mais aussi: grand ego, expression de soi, manque de modestie
Utilisation de petits caractèresObjectivité, caractère limité et modeste, prudent, plutôt introverti. Mais aussi: personne pas très sûre de soi, peu généreuse et courageuse
Une écriture rapideActivité, vivacité, personne qui fait preuve d’initiative et de flexibilité, rapidité et spontanéité. Mais aussi: caractère stressé, peu réfléchi, précipité, impatient
Une écriture lenteCalme, délibération, prudence, minutie, souci du détail. Mais aussi: personne qui aime le confort, qui ne veut pas diriger et qui fait preuve d’une compréhension lente
Utilisation d’une police largePersonnalité orientée vers un but et tournée vers l’avenir, caractère dynamique, spontané, ouvert d’esprit, extraverti. Mais aussi: éruption, précipitation, volatilité, superficialité, impatience
Écriture étroite (caractères serrés)Prudence, concentration, caractère réfléchi, discipliné, contrôlé, introverti.Mais aussi: peu ouvert, craintif, peu innovant, exagéré

Ce ne sont que quelques exemples qui, comme nous l’explique l’experte Doris Aerne, «ne sont pas représentatifs de tout type d’écriture. Chaque police doit être considérée dans son contexte d’écriture sans oublier qu’il existe différentes tailles, largeurs, etc.»

Texte Lars Gabriel Meier

Traduit de l’allemand par Andrea Tarantini

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