Besoin de faire un grand nettoyage? Au propre, comme au figuré, à la suite d’une longue période d’hiver, de nombreux articles de magazines préconisent une cure de détox pour bien entamer le printemps. Et bien souvent, elle concerne nos assiettes. Le principe est d’adopter un régime alimentaire spécial sur un court laps de temps pour «décrasser» l’organisme. Il est légitime de se demander si ces cures sont vraiment bénéfiques. Petite mise en perspective.

Pourquoi est-il populaire de changer ses habitudes alimentaires à l’arrivée du printemps? Le thème semble apprécié de la presse féminine, et même plus généralisée. Des propositions de s’essayer à diverses cures de jus de fruits, repas légers ou encore au jeûne sont fréquemment en tête de liste des articles de la nouvelle saison. Pourtant, si ces cures de détox ont clairement un aspect psychologique attractif, elles n’ont pas été prouvées efficaces scientifiquement.

Nettoyage naturel

D’un point de vue physiologique, nous possédons la meilleure des machines de nettoyage: le foie. Cet organe possède des cellules dotées d’enzymes spécifiques qui permettent la transformation chimique de certaines substances toxiques amenées par le sang. Ainsi, le foie dégrade les impuretés non nécessaires au corps. Il stocke et répartit les nutriments issus de la digestion. De plus, il synthétise la plupart des protéines du sang et produit la bile. Cette dernière est nécessaire à l’élimination des graisses.

Grâce à ce système performant, l’organisme ne devrait pas accumuler de toxines après une période d’excès, comme l’explique Maaike Kruseman, diététicienne et professeure à la Haute Ecole de santé de Genève. «Les produits issus du métabolisme sont éliminés, de façon très efficace, par les selles et l’urine. Ils ne s’accumulent pas dans l’organisme, sauf en cas de maladie grave comme l’insuffisance hépatique ou rénale», précise-t-elle sur le site planetesante.ch.

Substances toxiques

Une toxine est une substance toxique fabriquée par un organisme vivant. Par exemple, la toxine botulique est secrétée par une bactérie. Et lorsqu’elle se retrouve à l’intérieur du corps humain, elle provoque de lourdes intoxications alimentaires. En effet, notre système digestif ne sait pas l’éliminer contrairement à d’autres toxines. Ces dernières peuvent également être produites par un champignon, un végétal ou un animal. Dans ces deux derniers cas, on utilise couramment le terme de poison.

Notre estomac acidifie la majorité de ces agresseurs externes, et ceux qui restent sont éliminés par nos sucs digestifs. Mais, il arrive parfois que notre organisme n’arrive pas à traiter certaines toxines. Et nous tombons malade! Ainsi, pour être en bonne santé, il est important de favoriser une alimentation équilibrée en lipides, glucides complexes et protéines diversifiées. De cette manière, il est plus facile de ne pas se sentir ballonné, «surchargé» ou dans le besoin de se purifier.

Jus de fruits et légumes pour détox
Les bons aliments

Toutefois, une cure bien menée peut-être l’occasion de repartir du bon pied lorsqu’on veut reprendre contrôle sur nos habitudes alimentaires. Dans certains cas, la détox peut aussi avoir un but spirituel, lors de jeûne, par exemple ou encore un effet psychologique apaisant après les fêtes, souvent périodes d’excès. Le printemps, avec ses journées plus longues et le regain d’énergie, peut être une source de motivation pour beaucoup de personnes.

Dans cette optique, les programmes de détox proposés mettent en avant la consommation de fruits et légumes. Ils proposent par exemple d’opter pour la cuisson à la vapeur. Est-ce un bon conseil? «Les plantes, d’une manière générale les produits végétaux, favorisent la digestion, d’ailleurs ça fait quand même 30 ans que les experts en nutrition basent leurs recommandations sur une alimentations riche en plantes», explique la diététicienne Maaike Kruseman dans une interview sur le sujet.

Par contre attention aux jus de fruits, il ne faut pas oublier qu’ils contiennent plein de sucres et qu’ils peuvent être aussi mauvais que les sodas. Donc, afin de bénéficier pleinement des apports des fruits, il vaut mieux les manger en entier que pressés. Quant au conseil de favoriser les repas légers, cela ne signifie pas qu’il faut aller dans l’extrême, comme le souligne Nathalie Wunderlin, pharmacienne: «je suis contre tout ce qui est régime hypocalorique. Parce que cela peut mettre l’organisme en mode de survie, c’est-à-dire le dérégler fortement».

Ce n’est pas une solution miracle. Ça ne peut que soutenir l’organisme, mais je pense que c’est une aide précieuse

Lucas Jacquemettaz, herboriste
Des plantes aux milles vertus

Qu’en est-il des tisanes de plantes aromatiques parfois conseillées pour stimuler le foie ou les reins? Dans diverses branches de la médecine alternative, le recours aux mélanges d’herbes pour réguler ou aider le corps à mieux fonctionner est courant. Comme par exemple dans l’ayurvéda ou l’homéopathie. Les recettes de grand-mère possèdent, aussi, certaines plantes reconnues pour leurs vertus.

Dans le commerce, de nombreux dérivés déjà préparés sont accessibles. Pour Maaike Kruseman, «les vendeurs de cures détox les préconisent surtout à des moments où les acheteurs potentiels sont les plus vulnérables: nettoyage post-excès en janvier, nettoyage de printemps, etc.» Alors si nous voulions réellement acheter des compléments, que devrions-nous favoriser? «Dans les produits que nous proposons en pharmacie, nous conseillons surtout des thés. Car le fait de boire davantage implique d’aller plus souvent aux toilettes, et donc d’éliminer plus. Mais également des gouttes homéopathiques pour stimuler le foie et la bile», avance la pharmacienne Nathalie Wunderlin.

Dans le registre de plantes qui soutiennent le foie, Lucas Jacquemettaz, herboriste, conseille le romarin, le pissenlit ou le chardon-marie. Selon lui, le besoin d’aider l’organisme à se purifier dépend du style de vie qu’une personne mène et de l’environnement dans lequel elle vit. «Ce n’est pas une solution miracle. Ça ne peut que soutenir l’organisme, mais je pense que c’est une aide précieuse, surtout dans l’environnement actuel dans lequel on vit», détaille-t-il.

Garder un bon équilibre

En résumé, «les cures ne permettent pas de corriger une alimentation inadéquate», affirme Maaike Kruseman. Cependant, elles peuvent aider à repartir sur de bonnes bases et apporter une influence psychologique positive. Et les compléments à base de plantes peuvent s’utiliser tout le temps pour soutenir l’organisme en combinaison avec une alimentation équilibrée et diversifiée. Un dernier conseil: évitez les excitants en général. Le tabac, le café et l’alcool sont à bannir, ou du moins à consommer avec modération si l’on veut que son organisme soit au meilleur de sa forme!

Texte Laetizia Barreto

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