Selon la loi sur l’égalité des personnes handicapées, personne ne doit souffrir de désavantages dus à un handicap. Mais Marc Moser explique pourquoi ce n’est pas encore la réalité.  

Pour ceux qui vivent sans contraintes physiques, l’accessibilité est une évidence. Si un ascenseur est en panne, la plupart des gens se fâchent. Cependant, ils prennent les escaliers et leur vie quotidienne ne résulte pas très affectée par ce problème technique. En revanche, pour les personnes en fauteuil roulant, cette situation serait bien plus désagréable. Elles devraient demander de l’aide et leurs plans pour la journée pourraient tomber à l’eau à cause d’un petit défaut technique. Imaginez de vivre cette situation plusieurs fois par jour. Comment cela affecterait-il votre bien-être?

L’association faîtière Inclusion Handicap défend les droits des personnes handicapées sur le plan politique et juridique. «En général, les enjeux relatifs à ces domaines ne sont pas vraiment connus de tous», déclare Marc Moser, responsable de la communication d’Inclusion Handicap. «Les gens ne comprennent pas assez bien ces problèmes et c’est pourquoi ils ne contribuent pas beaucoup à faire tomber les barrières existantes», complète Marc Moser.

Une accessibilité absolue

Que signifie concrètement le terme «accessibilité»? La fondation MyHandicap définit ce terme comme «l’accessibilité sans restriction d’un produit, d’un service ou d’une installation, indépendamment de tout handicap ou maladie éventuels». L’objectif de l’accessibilité est donc que chacun puisse s’adonner à ses occupations quotidiennes sans subir de désavantages dus à un handicap. 

La Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées est entrée en vigueur en Suisse en 2014. Elle stipule que personne ne doit être discriminé dans ses droits et ses opportunités sur la base d’un handicap. Toutefois, la Suisse est encore loin de garantir à tout le monde une vie totalement sans barrières, bien que la loi suisse sur l’égalité des chances pour les personnes handicapées soit en vigueur depuis 2004. 

Faible protection contre la discrimination

Marc Moser soutient même que la Suisse ne garantit pas aux personnes handicapées une vie sans barrières. Et ceci dans plusieurs domaines importants: «par exemple, un problème majeur concerne la prestation de services accessibles à tout le monde. Il s’agit notamment des restaurants, des magasins et des salles de concert. Les personnes handicapées ne sont que faiblement protégées contre la discrimination dans ces situations». La jurisprudence suisse permet notamment à un prestataire privé de refuser l’accès aux services qu’il fournit à une personne en fauteuil roulant.

Les personnes handicapées ne sont pas non plus protégées contre la discrimination sur le marché du travail. Sans raison, elles sont en effet défavorisées dans leur recherche d’emploi et elles se retrouvent marginalisées. La situation est également problématique dans le cas des transports publics. «D’ici 2023, la loi doit rendre les transports publics accessibles aux personnes handicapées», explique Marc Moser. «Cependant, quatre ans avant ce délai et alors que la loi est en vigueur depuis 17 ans, seulement dix pour cent des arrêts de bus ont été aménagés dans ce sens. Il y a donc encore beaucoup à faire».  

Nécessiter constamment d’une aide extérieure

Les personnes en fauteuil roulant ne peuvent pas encore utiliser, de manière autonome, de nombreux transports publics. Par exemple, la vie des personnes aveugles n’est pas du tout sans barrières. Ces gens peuvent difficilement bénéficier des transports publics car la plupart des informations sont exprimées visuellement, que ce soit par des panneaux d’affichage ou des écrans. 

La situation reste problématique dans le cas du trajet à pied jusqu’aux bureaux d’administration. En effet, plusieurs bureaux ne sont pas accessibles aux personnes en fauteuil roulant. De même, un grand nombre d’informations et de documents sont difficiles d’accès et ne sont pas souvent disponibles en braille ou en format audio par exemple. Dans ces cas de figure aussi, les personnes handicapées nécessitent d’une aide constante.

Lorsqu’il est question du discours sur l’accessibilité, beaucoup de personnes pensent qu’il n’est pas possible d’être juste envers tout le monde. Certains soulignent même que ces «traitements préférentiels» coûtent très cher. Marc Moser nous éclaircit à ce sujet: «la question n’est pas de savoir si l’on peut satisfaire tout le monde, mais si tout le monde a le même droit de participer à la vie en société». La Convention des Nations unies sur les droits des personnes handicapées exige l’accessibilité et l’effacement des barrières. Ces objections sont donc plus que superflues.

Il suffit de demander «puis-je vous aider?»

Il arrive parfois que les gens se sentent mal à l’aise lorsqu’il s’agit d’aider une personne handicapée. Mais personne ne doit avoir peur d’aider. Si vous pensez que quelqu’un a besoin d’aide, parlez-lui calmement et demandez-lui si vous pouvez faire quelque chose pour l’aider. 

Les handicaps suscitent parfois aussi la curiosité. Bien entendu, vous avez le droit de poser des questions, mais il faut s’abstenir de poser des questions trop personnelles et intrusives. «La décence et le bon sens s’appliquent à toutes les conversations, que l’interlocuteur soit une personne handicapée ou non», déclare Marc Moser.

Faire preuve de bon sens

Il est tout à fait inapproprié de demander à une personne en fauteuil roulant des détails concernant sa vie sexuelle, par exemple. Poseriez-vous cette question à un étranger? Bien entendu que non! Nous devrions donc toujours faire preuve de bon sens et nous confier plus souvent à un proche avant de se montrer inadéquat ou insolent. Il est vrai qu’il n’est pas facile de toujours prendre conscience des problèmes et des enjeux relatifs à l’accessibilité. Et, de même, que ce soit dans la vie de tous les jours ou sur un bulletin de vote, il n’est pas aisé de relever le défi de l’accessibilité et de s’engager pour garantir à tout le monde les mêmes droits. Dans tous les cas, il est plus facile de monter les escaliers que d’utiliser un fauteuil roulant, n’est-ce pas?

Texte Fatima Di Pane

Traduit de l’allemand par Andrea Tarantini

Advertentie