Il n’y a pas que les couche-tard qui ont du mal à commencer la journée. Parfois, lorsque le réveil sonne, de nombreuses personnes se sentent épuisées. Le Dr. Daniel Brunner, spécialiste de la médecine du sommeil et directeur du Centre Hirslanden de médecine du sommeil à Zollikon, explique ce que sont les troubles du sommeil et quelles sont les astuces pour toujours jouir d’un bon sommeil.

Dr. Daniel Brunner
Spécialiste de la médecine du sommeil
Dr. Daniel Brunner, comment se manifeste le manque de sommeil?

Les conséquences du manque de sommeil ne se font pas toujours sentir immédiatement. En effet, des conditions de vie exigeantes peuvent nous faire nous adapter à un manque de sommeil. Le stress et la tension nous tiennent éveillés et sont stimulants. Ainsi, malgré un court sommeil, nous restons parfois efficaces et actifs. Cependant, dès que le stress s’atténue ou que les obligations disparaissent, nous constatons que le besoin de sommeil devient plus important.

Quelles peuvent être les causes des nuits blanches?

Un événement excitant ou dérangeant ou un stress constant peuvent avoir un effet sur la qualité de notre sommeil. Le froid, le bruit, la lumière ou les perturbations causées par les enfants ou le partenaire au lit font également partie des causes des nuits agitées. Il faut également faire attention aux stimulants qui ne devraient pas être consommés avant le coucher. En effet, le café, la nicotine ou l’alcool ont une influence négative sur le sommeil. Ce sont des déclencheurs évitables d’une nuit agitée. La situation est différente si la cause est de nature physique, comme la douleur, le rétrécissement des voies respiratoires pendant le sommeil, une maladie ou des troubles hormonaux.

Quels sont les troubles du sommeil les plus fréquents?

Les deux troubles du sommeil les plus connus sont l’insomnie (manque de sommeil) et l’apnée du sommeil (arrêt de la respiration pendant le sommeil). Ce dernier est favorisé par le surpoids et entraîne souvent une hypertension artérielle et des troubles circulatoires. C’est pourquoi le corps médical est sensibilisé aux troubles respiratoires liés au sommeil.

Contrairement à l’apnée du sommeil, l’insomnie est diagnostiquée et traitée de manière moins systématique. Cependant, les difficultés à s’endormir et à bien dormir sont fréquemment citées lors de rendez-vous chez les médecins. Le diagnostic d’insomnie nécessite rarement un examen technique. En effet, il se fonde sur les déclarations du patient qui se plaint de la qualité de son sommeil et des conséquences négatives du manque de sommeil. L’insomnie n’est donc pas définie par des signaux corporels mesurables ou des données d’enregistrement du sommeil.

Qu’est-ce qu’un trouble du sommeil comme l’insomnie?

Une personne souffre d’insomnie si elle ne peut dormir malgré le temps et les occasions à disposition. Les personnes souffrant de ce trouble du sommeil se plaignent d’un sommeil perturbé ou raccourci. Elles ressentent aussi de la fatigue, des sautes d’humeur ou une baisse de motivation et de performance pendant la journée. Cette définition distingue clairement l’insomnie du manque de sommeil causé par un raccourcissement délibéré de la durée du sommeil. La charge de travail élevée, les activités de loisirs, les sorties tardives ou la navigation sur Internet créent un déficit de sommeil. Lorsque la réduction volontaire de la durée du sommeil devient la norme, les personnes concernées ignorent souvent qu’elles souffrent d’un déficit chronique de sommeil. Les résultats sont alors des problèmes de concentration, d’irritabilité, de sécheresse oculaire et autres problèmes.

L’insomnie chronique et la privation prolongée de sommeil provoquent toutes deux des symptômes diurnes similaires qui affectent à la fois le corps et l’esprit. Outre la fatigue permanente, l’épuisement et la somnolence, les conséquences peuvent se traduire sous forme de troubles gastriques et digestifs, de sautes d’humeur et d’un affaiblissement du système immunitaire. Les fonctions cérébrales complexes telles que la créativité, la motivation, l’interaction sociale ou l’évaluation des risques sont particulièrement affectées. Parce que les causes et le traitement de l’insomnie sont complètement différents de ceux de la privation de sommeil, il est essentiel de distinguer ces deux diagnostics. 

Pour de nombreuses personnes, il est normal de se réveiller pendant la phase de sommeil nocturne. Pour d’autres, seul un sommeil continu est considéré comme sain. Que dit la médecine du sommeil à ce sujet?

Des recherches ont montré qu’il est naturel de se réveiller pendant une ou deux heures au milieu de la nuit. C’est ce qui se produit logiquement lorsque le temps de sommeil à disposition est plus long que nécessaire. Le sommeil idéal n’a donc pas besoin de se faire en un seul morceau. Lorsque le réveil nocturne n’est pas lié à un malaise physique ou mental, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Cependant, si lorsqu’on se réveille on commence à stresser et si l’on compte les heures et les minutes du temps d’éveil, il devient plus difficile de se rendormir. Dans ce cas, il est alors plus facile de développer une insomnie chronique. 

Comment gérer les interruptions de sommeil?

Se réveiller spontanément pendant la nuit sans aucun symptôme ni raison évidente, ne signifie pas forcément souffrir d’un trouble. L’important est de ne pas commencer à stresser. Le réveil spontané doit être accepté et la phase de réveil doit être utilisée de manière positive. Formuler des idées créatives, des pensées contemplatives et se relaxer, sont d’excellents moyens de profiter de son réveil nocturne. 

Quels conseils donneriez-vous aux seniors pour leur permettre de jouir d’un bon sommeil?

Dans de nombreux cas, avant même d’envisager des examens médicaux, il est utile de maintenir ses habitudes. Il faut aussi permettre au corps et à l’esprit de prendre de courtes pauses pendant la journée. Notre société idéalise injustement une jeunesse en quête de performance et favorise ainsi le désir d’une «journée non-stop». Cela entraîne une fatigue et une stimulation excessives qui favorisent les pensées à l’heure du coucher et un sommeil agité.

Il serait utile de prévoir une ou deux pauses d’environ 15 minutes chaque jour. Il ne faut en aucun cas les considérer comme du temps perdu. Comme dans le sport de compétition, la vie quotidienne exige un équilibre entre le repos et la performance afin de maintenir une vitalité saine. Tous les jours, il faudrait se lever à la même heure et, si possible, programmer un réveil même pendant les jours de repos, afin que le rythme du corps ne soit pas soumis à des interruptions ou à des changements. 

Les personnes qui n’arrivent pas à dormir pendant plusieurs semaines, à raison de plusieurs nuits par semaine, et qui se sentent fatiguées et faibles, doivent consulter un médecin.  

Interview Dominic Meier

Traduit de l’allemand par Andrea Tarantini 

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