Avant sa percée en tant qu’acteur dans la série policière «Miami Vice» dans les années 1980, la vie de Don Johnson ressemblait à une fête sans fin. Il a toujours été un grand séducteur et les rôles qui lui étaient attribués avant «Miami Vice» soulignaient son caractère de mauvais garçon. Aujourd’hui, il ne montre pas ses 70 ans et reste jeune dans l’âme.

Don Johnson, vous avez fêté vos 70 ans en décembre dernier. Félicitations! Comment vous sentez-vous?

Bien, merci. Bien sûr, je me lève chaque jour avec des petites douleurs, mais c’est normal. Autrement, je me sens comme d’habitude: comme un jeune de 16 ans très agité (rires).

Ces anniversaires à chiffres ronds sont-ils une raison pour vous de réfléchir plus profondément à la vie?

Ils représentent des étapes importantes, surtout parce que je pensais que je n’arriverais jamais aussi loin. Honnêtement, cette année, je ne pensais pas tant que ça à l’anniversaire en soi. Ce qui importe c’est que ma famille soit autour de la table. 

Et votre table doit être grande puisque vous avez une grande famille…

Oui, j’ai une famille nombreuse: plusieurs frères et sœurs, plusieurs femmes et de nombreux enfants. Six, pour être exact et j’adore ça, si deux d’entre eux sont en colère contre moi, j’ai toujours quatre enfants satisfaits, ce qui est une bonne moyenne (rires)!

On dit que vous étiez vous-même un adolescent et un jeune homme indomptable. Qu’avez-vous appris grâce à vos enfants?

J’étais un jeune sauvage. J’ai appris à être plus modeste et humble par exemple. Et j’ai dû aussi me responsabiliser face aux «mais, papa tu as dit…» de mes enfants. 

«J’ai appris à être plus modeste et humble.»

Don Johnson
Votre fille Dakota Johnson est aussi une actrice. Vous avez dit un jour que vous ne vouliez pas voir l’adaptation cinématographique du best-seller «50 Shades of Grey», dans lequel votre fille joue le rôle principal. Avez-vous changé d’avis entre-temps et regardé le film?

Non. Je n’ai même pas vu des trailers. Je n’ai pas besoin de ces images dans ma tête! Je fais généralement attention aux images que je consomme. Je n’ai pas besoin de voir des corps écrasés sur la route ou des victimes de fusillades dans les écoles. Il me suffit de savoir que ma fille a joué dans ce film. 

Dakota est beaucoup plus réticente que vous à l’égard des interviews. Est-ce parce que, pendant son enfance, elle n’a jamais vraiment eu de vie privée?

Peut-être, mais je pense aussi que c’est une question de caractère. Et, contrairement à moi, elle se trouve aussi dans un moment particulier de sa carrière et de ses relations. Elle est encore jeune et tout est encore nouveau pour elle. Mais je ne peux pas parler pour elle. Elle est sûre d’elle et disciplinée, et je suis très fier de ma fille. 

«Dakota est sûre d’elle et disciplinée, et je suis très fier de ma fille.»

Don Johnson
Dans votre dernier film «Knives Out», le chef de famille meurt dans des circonstances mystérieuses et les parents survivants se battent pour l’héritage. Comment vous assurez-vous qu’il n’y aura pas de drame dans votre héritage?

La question de l’héritage est compliquée. Lorsque vous héritez d’une grande fortune, vous pouvez presque être sûr qu’elle va ruiner votre vie. Personnellement, je pense qu’il est normal de laisser un peu de sécurité à ses proches et surtout à son ou sa partenaire. En revanche, les biens laissés aux enfants ne doivent pas être trop importants parce qu’ils doivent pouvoir vivre par leurs propres moyens. Je pense qu’il est important que les enfants trouvent leur propre valeur et leur propre rôle dans la vie. Ils doivent pouvoir se procurer eux-mêmes un toit, des vêtements et de la nourriture. 

Don Johnson
Vous avez joué dans «Miami Vice» et «Nash Bridges». Pourriez-vous imaginer de participer à nouveau à une série?

Une série limitée, bien sûr, pourquoi pas? Mais je ne sais pas si je voudrais participer dans une série de plusieurs saisons avec 22 épisodes par saison comme «Miami Vice» ou «Nash Bridges». Il faudrait que je vérifie et que j’analyse bien le rôle que je devrais y jouer. 

À la télévision, vous avez été vu pour la dernière fois dans la série «Watchmen» (Sky Atlantic, VOD), qui traite du massacre de la course de Tulsa en 1921. Connaissiez-vous la bande dessinée?

Je connaissais la bande dessinée de 1985 d’Alan Moore et Dave Gibbons. C’était une œuvre unique – selon moi, la bande dessinée de toutes les bandes dessinées. Je suis entré dans la série parce que le producteur Damon Lindelof m’a écrit une très belle lettre. C’est un producteur intelligent: il m’a dit en deux pages combien j’étais merveilleux. J’ai été flatté et je me suis donc rendu disponible. 

Comment choisissez-vous les rôles que vous voulez jouer?

Je regarde les cinéastes et les gens qui sont impliqués dans le film – et, bien sûr, le salaire aussi. Comme je l’ai dit, j’ai beaucoup d’enfants, donc je dois continuer à travailler (rires). Mais plus sérieusement: j’ai eu beaucoup de chance dans ma carrière. Ma femme m’a dit que, plusieurs fois, ma carrière aurait pu rester bloquée. Mais, au cours des cinq dernières décennies, j’ai réussi à m’éloigner d’un seul rôle et à continuer à jouer dans différents films et séries. 

Vous semblez toujours très joyeux et plein de vie. Êtes-vous parfois aussi dérangé par certaines choses?

Oui, je suis dérangé lorsque les choses se tournent contre ma famille ou contre l’environnement dans lequel je vis. Je fais beaucoup pour sensibiliser les gens face à l’importance d’un environnement sain. Mais je n’utilise pas mon statut de célébrité pour faire la morale aux gens. J’admire ceux qui rendent cette cause environnementale publique et je trouve triste le fait qu’elle ne soit pas plus reconnue. Mais malheureusement, c’est ainsi.

Vous n’avez jamais eu de crise de la quarantaine?

Bien sûr, j’en ai eu même plusieurs d’affilée! J’ai épousé la même femme deux fois! N’appelleriez-vous pas cela une crise de la quarantaine? On m’a demandé une fois dans une interview pourquoi j’avais épousé Melanie une seconde fois. J’ai répondu: «parce que j’ai oublié la première fois.» 

Vous êtes marié à Kelley Phleger depuis 20 ans. C’est un long mariage pour Hollywood…

C’est un long mariage dans tous les mondes, ma chère!

Quel est votre secret pour être heureux?

J’ai eu de la chance d’avoir rencontré cette femme. C’est une sainte. Quand je m’énerve, elle dit calmement qu’elle comprend pourquoi je suis en colère. Elle me calme comme un enfant: quand j’ai mon biberon et un biscuit, je vais bien (rires). Oh, j’ai aussi appris une bonne leçon de vie grâce à Bob Dylan sur le fait d’être un bon partenaire.

Alors, quels conseils vous a donné Bob Dylan?

Lorsque j’ai épousé Melanie pour la deuxième fois et qu’il n’y avait pas d’harmonie à la maison, je me suis plaint à Bob et je lui ai demandé de ce que je devais et ne devais pas faire. J’ai pensé qu’il avait peut-être un secret à partager avec moi. Et il a fredonné: «l’amour, c’est gentillesse, confiance et respect, n’est-ce pas?» Depuis des siècles, les poètes, les écrivains et les cinéastes essayent de saisir ce qu’est l’amour et puis Bob Dylan arrive et le résume en trois mots!

Vous avez vous-même une âme de musicien, n’est-ce pas?

Oui, et la musique est même venue avant le cinéma dans ma carrière. J’ai étudié au conservatoire et mon premier emploi, à 18 ans, concernait une comédie musicale au American Conservatory Theater de San Francisco. Le métier d’acteur est plus récent. J’ai écrit des chansons pour les Allman Bothers et j’ai collaboré avec Stephen Stills de Crosby, Stills, Nash & Young. Je suis aussi parti en tournée avec eux. C’est comme ça que je gagnais ma vie avant «Miami Vice». 

Et puis, dans les années 80, vous avez enregistré un duo avec votre petite amie de l’époque, Barbra Streisand…

Oui, j’ai enregistré un album pendant «Miami Vice». C’était un rêve devenu réalité. Mais malheureusement, je n’ai pas pu partir en tournée à cause de mes engagements. Quoi qu’il en soit, Barbra voulait faire un duo et moi j’étais sous le choc, je ne m’y attendais pas. Au début, je lui ai dit que je ne pouvais pas chanter un duo avec elle.

Comment vous a-t-elle fait changer d’avis?

Elle m’a juste dit: «bien sûr que tu peux. J’ai entendu tes deux albums. Tu as une belle voix». J’étais content et, bien que ce ne soit pas mon genre de musique, j’ai saisi cette occasion unique. Nous étions séparés dans le studio par une fenêtre de verre et, au début, je n’arrêtais pas de rire. Puis, je lui ai transmis le ricanement. Au final, les vingt ou trente premières minutes de la séance d’enregistrement ont été vraiment inutiles. Mais, ensuite, nous sommes passés aux choses sérieuses.

Interview Marlène von Arx

Images HFPA

Traduit de l’allemand par Andrea Tarantini

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