Emily Blunt est une actrice très polyvalente. Cette capacité d’adaptation n’est pas due au hasard. Lors de notre rencontre à l’occasion de la Journée internationale des femmes à New York, elle nous a expliqué pourquoi il est utile de se montrer courageux dans la vie et même dans des situations difficiles.

Emily Blunt, il y a quatorze ans, vous êtes devenue célèbre avec «Le diable s’habille en Prada». Avec du recul, quel regard portez-vous sur votre carrière?

J’ai eu une chance incroyable. Je suis très reconnaissante de là où ce succès m’a menée aujourd’hui. Je me demande souvent à quoi ressemblerait ma vie, si ceci ou cela n’était pas arrivé. Dans l’un de mes livres préférés «Life After Life» de Kate Atkinson, la protagoniste se retrouve à un tournant décisif de sa vie et doit prendre une décision; le récit explore alors différentes voies en parallèle selon le choix qu’elle a fait. Je trouve que c’est une excellente lecture sur les coïncidences heureuses de la vie.

Les cartes de la vie sont en votre faveur depuis un certain temps. Vous avez maîtrisé tous les genres cinématographiques depuis votre percée, du thriller d’action («Sicario») à la comédie romantique («Partie de pêche au Yémen») en passant par le psychodrame («La fille dans le train»), la comédie musicale («Mary Poppins revient») et l’horreur («Un coin tranquille»). Comment y êtes-vous parvenue?

Comme c’est gentil de votre part de dire cela! En fait, je me sens épanouie quand je peux explorer ma créativité. Je suis très sélective et je le resterai parce que j’ai toujours envie de repousser mes limites. La plupart du temps, j’accepte un rôle quand il me fait un peu peur ou lorsque, au début, je ne sais pas exactement comment l’aborder. Mais de tels projets sont plutôt rares. Ce sont pour la plupart des films qui ont coûté environ 35 millions de dollars et grâce auxquels j’ai construit ma carrière. Et malheureusement ce genre de films sont en voie de disparition.

Je me sens épanouie quand je peux explorer ma créativité. Je suis très sélective et je le resterai parce que j’ai toujours envie de repousser mes limites

Emily Blunt, actrice britannique
Avez-vous des projets alternatifs?

Cela fait un moment que je cherche un long format et aussi une série définie et limitée. Il y a un Western qui m’a tapé dans l’œil, «The English». C’est un des scripts les plus extraordinaires que j’ai eu l’occasion de lire de toute ma carrière. Dès la première page du scénario, je me suis dit: «je dois le faire!» Mais je ne veux pas trop en dévoiler pour l’instant.

Comme nous réalisons cette interview dans le cadre de la Journée internationale des femmes, pouvez-vous nous donner une évaluation de la situation pour les femmes dans l’industrie hollywoodienne?

Je pense que c’est une période exaltante pour les femmes. On peut ressentir un retournement de situation mené par les femmes qui ont décidé de faire entendre leur voix et de prendre la place qu’elles méritent sur la scène artistique. Je discute beaucoup avec mes amies sur le sujet et nous remarquons que quelque chose a réellement changé. Cependant, il y a encore beaucoup à faire. J’approuve pleinement ce que la réalisatrice Lulu Wang a déclaré lors des Independent Spirit Awards en début d’année: «nous n’avons pas besoin de motivation. Nous sommes présentes, nous sommes motivées et nous désirons toutes avoir un travail stimulant. Ce qu’il manque c’est que l’on nous donne des emplois et des opportunités.»

Vous avez déclaré dans une interview qu’il faut du courage pour oser casser une image de femme gentille et simple…

Ce que je voulais dire par là, c’est qu’il faut communiquer de manière directe, exprimer ce que l’on veut et ne pas s’excuser pour cela. C’est important de savoir ce que l’on apporte à un projet ainsi que de connaître sa propre valeur. Ceci n’est pas valable uniquement sur un plan financier, mais aussi sur un plan créatif. D’ailleurs, c’est plus compliqué de faire ce genre de revendications dans la sphère publique pour les femmes.

Avez-vous dû faire cet apprentissage?

Oui, pourtant j’ai toujours été très directe. Mais c’est peut-être dû à ma nature britannique qui me mène à ne pas vouloir paraître prétentieuse. Nous, les Britanniques, n’aimons pas fanfaronner et nous ne voulons pas parler d’argent. Toutefois à un moment donné, on se rend compte qu’il faut être ferme sur certaines choses.

Mais c’est peut-être dû à ma nature britannique qui me mène à ne pas vouloir paraître prétentieuse

Emily Blunt
Dans ce cadre,avez-vous déjà eu des surprises?

Oui, et une surprise positive: j’avais vraiment envie de jouer dans le film «Vivre, Mourir, Recommencer» avec Tom Cruise. C’était un film d’action à grande production, l’opportunité était juste énorme pour moi. Tom et ses producteurs forment une équipe bien rodée. Je pensais que ce serait certainement un club de garçons et que je n’aurais rien à dire. Mais j’avais tort! J’ai été consultée sur chaque décision artistique et j’étais présente à chaque réunion avec les scénaristes. C’est là que j’ai réalisé pour la première fois que j’avais quelque chose à amener et que l’on s’intéressait à mon point de vue.

Vous avez récemment tourné «Jungle Cruise» avec Dwayne Johnson. Pour le business, est-ce important de tourner de temps en temps des films plus mainstream?

Je ne prends pas vraiment de décisions pour des raisons stratégiques, sinon je ne sais pas comment je pourrais aimer mon métier. Dans ce cas précis, à la même période, mon agent m’a recommandé un film indépendant d’ampleur plus modeste que j’aimais bien aussi. Mais je me suis complètement éprise du scénario de «Jungle Cruise», parce que ce film regorge de souvenirs d’enfance pour moi. J’ai grandi avec des classiques comme «À la poursuite du diamant vert» et «Indiana Jones», que je regardais en boucle. J’ai sûrement dû les voir 40 fois. Avec tant de nostalgie, je ne pouvais pas refuser ce rôle.

J’ai grandi avec des classiques comme <À la poursuite du diamant vert> et <Indiana Jones>, que j’ai sûrement dû voir 40 fois

Comment était-ce de travailler avec la plus grande star du cinéma actuel?

J’aime beaucoup Dwayne Johnson et c’était génial de travailler avec lui. Nous avons des caractères opposés, mais en même temps, nous avons une certaine connexion. C’est la période la plus fun que j’ai passée sur un plateau de tournage. C’était comme être au Pays Imaginaire – un bonheur sans fin! Je me suis sentie misérable quand le tournage s’est terminé. J’ai pleuré pendant une semaine environ (rires.)

Est-ce que c’était satisfaisant de travailler avec votre mari John Krasinski sur le tournage d’«Un coin tranquille»? Le succès d’un film de monstres a dépassé toutes les attentes des spectateurs.

Oui, c’était clairement le cas. Mais incarner une mère qui perd son mari et doit tout donner pour sauver ses enfants n’est pas drôle. En tant que mère, ce scénario résonnait très fort et j’espère ne jamais me retrouver dans cette situation.

Quelle est la pire chose que vous ayez vécue avec votre famille jusqu’à présent?

Une fois, notre fille Hazel est tombée de son scooter et s’est ouvert largement le menton. Elle a eu besoin de douze points de suture au total! Nous étions à Brooklyn, au milieu de la rue, à quinze pâtés de maisons de chez nous. C’était comme dans le film «Kramer vs. Kramer»: John a couru dans les rues avec notre enfant dans les bras pour l’emmener aux urgences les plus proches.

Avez-vous gardé la tête froide?

Je pense que oui. J’étais choquée au début, mais ensuite, nous les femmes, dans ces situations, nous passons simplement à un autre mode de fonctionnement – protéger et résoudre le problème à tout prix. Nous sommes très axées sur les objectifs. À mon avis, il n’y a personne de mieux que ma mère en cas de crise.

Quel est le secret pour une collaboration professionnelle réussie entre partenaires?

Nous ne fonctionnons pas différemment des autres couples. Nous nous faisons confiance. Et nous ne devons pas oublier que nous avons aussi une vie pleine et distincte. Nous sommes souvent séparés et devons vivre avec cette situation. La clé se trouve probablement dans le fait que nous nous apprécions beaucoup l’un et l’autre. Et ceci, non seulement sur le plan personnel, mais nous nous entendons bien également sur le plan créatif. Cela aide énormément.

En tant que Britannique, le whisky est indispensable dans un ménage

Comment est-ce que votre entente créative se manifeste-t-elle?

Nous voyons les films avec la même approche. Nous réagissons aux scènes et aux représentations exactement de la même manière. Ce qui le touche me touche, je ne peux l’expliquer mieux. On est sur la même longueur d’onde – et on aime boire du whisky ensemble. «Un coin tranquille 2» aurait pu être sponsorisé par la marque The Macallan 12. Lors du tournage, on en buvait tous les soirs pour nous détendre.

Êtes-vous une fine connaisseuse de whisky?

Pas vraiment, John s’y connaît mieux que moi. J’aime les gros glaçons dans mon whisky. En tant que Britannique, le whisky fait partie du ménage. On en boit quand on a un rhume, parce qu’il contient de nombreux éléments qui agissent comme le sirop contre la toux. Même à l’école, lorsque j’étais adolescente et que j’avais quelque chose de difficile à réviser, ma mère me demandait si j’avais besoin d’une gorgée de whisky. Et, avant cela, je buvais dans le verre de mon grand-père. J’ai une relation très nostalgique avec le whisky.

J’ai une relation très nostalgique avec le whisky

Emily Blunt
Dans les films «Un coin tranquille», vous luttez en silence contre des monstres qui attaquent uniquement lorsqu’ils entendent les humains. Je suis sûre que cela peut être compris comme une métaphore – surtout en ces temps, n’est-ce pas?

C’est intéressant. Oui, je pense que John écrit de façon métaphorique. Les deux films «Un coin tranquille» ne sont pas des films d’horreur superficiels. Ici, on est dans un cadre où les humains se font écraser par quelque chose de terrifiant, qui fragmente la communauté. Tout s’arrête. Mais, en fin de compte, je pense que ce sont aussi des films d’espoir. Ils nous montrent que nous devons être solidaires – également en tant que communauté.

Êtes-vous généralement une personne pleine d’espoir?

Oui, j’essaie généralement de commencer la journée avec espoir et de rester optimiste. Je n’aime pas l’ambiance de fin du monde. Même pas dans un film comme «Un coin tranquille 2». Aussi mauvaise que soit la situation, à la fin, on sait toujours que ça vaut la peine d’être courageux.

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Texte Marlène von Arx
Image HFPA
Traduit par Laetizia Barreto

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