«Aidez-moi à le faire moi-même». Cette citation de Maria Montessori ainsi que la pédagogie qu’elle a développée sont aujourd’hui mondialement connues. Mais qui était cette femme? À l’occasion de son 150ème anniversaire qui aura lieu le 31 août 2020, nous vous proposons de le découvrir. 

Le 31 août 1870, dans une petite ville de la côte adriatique, Chiaravelle, dans la province d’Ancona, en Italie, naît une petite fille nommée Maria Montessori. Sa famille est aisée. Comme le voulait la société à l’époque, sa mère ne travaille pas. Son père est employé auprès du ministère des finances et dirige en même temps la fabrique de tabac de l’État. La petite fille est destinée à faire la même vie que sa mère. Elle restera à la maison et s’occupera des travaux ménagers. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu. Dès ses premières années d’école, Maria Montessori montre une grande soif de connaissances et un intérêt prononcé pour les sciences naturelles. Bien que son père ne soit pas d’accord, elle fréquente un lycée scientifique. Ensuite, après son examen de fin d’études, elle décide d’étudier la médecine. 

Étudier malgré les obstacles

Dans les années 1870, les femmes étaient autorisées à étudier en Italie. Cependant, la jeune Maria n’est pas acceptée en médecine car ces études étaient réservées aux hommes. Ainsi, en 1890, la jeune femme, alors âgée de 20 ans, commence des études en sciences naturelles qu’elle termine avec succès. Après avoir surmonté de nombreux obstacles officiels, Maria Montessori est finalement admise aux études de médecine. 

Cependant, en raison de son sexe, elle doit faire face à de grands défis. Par exemple, on dit qu’elle était exclue des cours réguliers de dissection et qu’elle devait travailler seule dans la salle d’anatomie sans ses camarades masculins. 

En 1896, elle obtient son doctorat à l’université de Rome. On pense souvent que Maria Montessori a été la première femme médecin en Italie. Cependant, trois femmes avant elle ont terminé le même doctorat mais elles n’ont pas atteint le niveau de gloire que Maria Montessori. Un an seulement après son doctorat, la jeune femme, alors âgée de 27 ans, ouvre un cabinet privé. Elle travaille également comme médecin junior dans un hôpital sous la supervision de l’université de Rome. Déjà à cette époque, elle commence à s’intéresser davantage à l’éducation. 

Aidez-moi à le faire moi-même.

Un tournant inattendu

Peu avant le début du siècle, la vie de Maria Montessori connaît un tournant. En effet, en 1898, elle devient maman d’un petit garçon dont le père était son collègue médecin Giuseppe Montesano. Cette nouvelle soulève un scandale dans son entourage car l’enfant a été conçu hors mariage. C’est pourquoi, son fils, Mario Montessori grandit d’abord dans une famille d’accueil, puis dans un internat. Ce n’est qu’à l’âge de 14 ans que Maria Montessori amène son fils vivre avec elle. Il faudra plus d’un quart de siècle avant qu’elle ne lui reconnaisse publiquement le statut de mère. Une étape qui a ensuite donné lieu à des critiques massives à l’encontre de Maria Montessori.

Les débuts dans l’éducation 

Dans les années qui suivent la naissance de son fils, Maria Montessori fait des recherches ciblées dans le domaine de l’éducation. Pendant cette période, elle est fortement influencée par son travail dans le département de pédopsychiatrie de l’hôpital universitaire de Rome. Là, elle découvre que les enfants handicapés mentaux n’étaient pas suffisamment pris en charge. Une situation qu’elle voulait changer à tout prix. Ainsi, Maria Montessori met au point du matériel pédagogique qui, plus tard, devient célèbre dans le monde entier.

En 1907, une dizaine d’années après son doctorat, Maria Montessori fonde la crèche «Casa di Bambini» dans une banlieue romaine, où l’on s’occupait d’enfants pauvres et socialement défavorisés. Elle y utilise aussi son matériel pédagogique. Contre toute attente, ce dernier est couronné de succès, ce qui fait rapidement connaître l’éducatrice même en dehors de Rome. 

En 1909, deux ans plus tard, l’enseignante présente son œuvre principale «Il metodo». C’est alors que naît véritablement la pédagogie Montessori. Cette théorie suppose que les enfants sont les maîtres de leur propre construction. Selon Montessori, les enfants doivent être respectés dans leur personnalité et considérés comme des êtres humains précieux. La pédagogue pense fermement que, afin de progresser, chaque enfant doit apprendre à son propre rythme et à partir de sa propre motivation. La pédagogie Montessori rejette aussi catégoriquement les comparaisons entre les enfants. Les notes scolaires sont donc inutiles.

Une rencontre fatidique

En 1913, peu avant le début de la Première Guerre mondiale, Maria Montessori voyage beaucoup en Europe, en Amérique et en Inde et donne des conférences à propos de sa pédagogie. La rencontre entre Maria et le futur dictateur Benito Mussolini, en 1924, est importante puisque Mussolini, enthousiasmé par la pédagogie de Montessori décide de l’appliquer dans toutes les écoles en Italie. Bien qu’elle soit une adversaire déterminée du régime fasciste, Maria Montessori est d’accord avec cette application généralisée. Cependant, ces contrastes politiques rendent la collaboration pédagogique difficile, surtout car le régime essaye à plusieurs reprises de s’immiscer dans la pédagogie. C’est pourquoi, en 1934, Mussolini ferme les écoles Montessori en Italie. 

Les enfants doivent être respectés dans leur personnalité et considérés comme des êtres humains précieux.

Communauté contre individualisme

Si l’on analyse la situation de la pédagogie Montessori en Allemagne, on se rend compte que, en Europe, elle ne tenait qu’un fil. En effet, lorsque les nazis arrivent au pouvoir en 1933, les premiers foyers d’enfants et les écoles Montessori ferment. Ceci est justifié par les contrastes entre le régime et la pédagogie: alors que le premier fait passer la communauté en premier, la pédagogie insiste sur l’individualisme. 

Même aujourd’hui, au début des années 2020, la pédagogie Montessori soulève de nombreuses critiques qui concernent notamment le manque de notes scolaires et l’absence de devoirs. En effet, une grande majorité de professionnels pense que les enfants ne peuvent pas choisir eux-mêmes leurs tâches puisque, ainsi, ils ne choisissent que les tâches les plus faciles. Un dernier point de critique majeur concerne la pédagogue elle-même. Certains se demandent en effet que peut bien savoir de la pédagogie une femme qui a donné son propre enfant. 

L’exil en Inde

En 1939, Maria Montessori quitte la ville d’Amsterdam avec son fils Mario, où elle s’était installée, et part pour un nouveau voyage de conférences et de recherches en Inde. C’est là qu’elle passe les années de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, alors que la pédagogie Montessori est de plus en plus marginalisée en Europe, à l’autre bout du monde elle connaît un énorme essor. En 1946, Maria Montessori revient en Europe et se consacre à la reconstruction des institutions Montessori qui avaient été fermées, interdites et détruites. Malgré son âge avancé, elle continue à entreprendre des voyages de recherche dans toute l’Europe et ouvre la voie à un nouvel essor de l’enseignement Montessori.

La mort et ses conséquences

Le 6 mai 1952, Maria Montessori meurt à l’âge de 81 ans à Nordwijk aan Zee. Malgré tous les obstacles auxquels elle a dû faire face, son héritage est énorme: il existe environ 40 000 institutions Montessori dans le monde entier, qui permettent à sa pédagogie de perdurer. «Aidez-moi à le faire moi-même!» – une devise qui n’a rien perdu de sa pertinence, même plus d’un siècle après sa création.

Texte Lars Gabriel Meier

Traduit de l’allemand par Andrea Tarantini

Image d’en-tête Wikimedia Commons

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