Depuis son enfance, Léonie* vit avec ce qu’on appelle le trouble dissociatif de l’identité (TDI). Cette maladie a été déclenchée par une expérience qui peut difficilement être mise en mots. Voici une histoire de vie extraordinaire. 

Léonie a une vingtaine d’années et vit en Allemagne. Elle a un travail et, comme tout le monde, elle a des rêves et des objectifs. Mais sa jeunesse n’a pas été facile. En effet, à l’école, elle était victime d’intimidation. On lui disait souvent qu’elle était une enfant difficile puis les médecins ont posé un diagnostic de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Malgré cela, après l’école obligatoire, elle commence un apprentissage dans une profession qui l’occupe encore aujourd’hui. 

Aujourd’hui, la jeune femme sait qu’elle est différente de ses pairs: elle vit avec un trouble dissociatif de l’identité (TDI) et avec 50 personnalités différentes.

Une vie avec 50 personnalités différentes

Si, à l’école, on pouvait penser que Léonie avait seulement des difficultés qu’elle pouvait surmonter, ce n’est plus le cas maintenant. Aujourd’hui, la jeune femme sait qu’elle est différente de ses pairs: elle vit avec un trouble dissociatif de l’identité (TDI) et avec 50 personnalités différentes. Ce trouble a été déclenché par un terrible traumatisme que Léonie a vécu pendant son enfance. 

«J’étais impliquée dans un réseau de pédophilie dont les membres étaient spécialisés dans la prostitution des enfants», raconte la jeune femme. «J’ai été vendue pour du sexe». Elle n’a aucun souvenir de cette époque, elle ne sait que ce que les autres lui ont dit. «Si vous me demandiez comment était mon enfance, je vous dirais que c’était bien. Pas exceptionnelle, mais pas terrible non plus». Au fond, Léonie sait que son enfance n’était du tout normale.

D’ailleurs, souvent, la jeune femme apprend de nouvelles choses à propos de cette époque terrible. «Par exemple, j’ai une cicatrice sur mon corps. Au cours de ma thérapie, j’ai réalisé qu’elle était due à un choc électrique. Parfois, des fragments de sa vie précédente se présentent à elle soudainement. «Les moments de la vie quotidienne peuvent être des déclencheurs qui provoquent un flashback», souligne Léonie. Il peut s’agir seulement d’une odeur ou d’un toucher sur l’épaule qui réveillent les souvenirs enfouis. 

Un trouble passé inaperçu

Bien que le TDI ait accompagné Léonie presque toute sa vie, la maladie n’a été diagnostiquée qu’il y a un an. Ce qui est incroyable, c’est que la jeune femme a suivi plusieurs thérapies avec différents médecins pour l’aider à surmonter sa dépression. Personne n’a jamais souligné le TDI. «Cette maladie est en effet très difficile à détecter. Si vous dites à un neurologue que vous entendez des voix, il vous dira sans hésiter que vous êtes schizophrène», soutient la jeune femme. Ce n’est que lorsque Léonie a pris rendez-vous chez un nouveau thérapeute à la suite d’un déménagement que le vrai diagnostic a été posé et confirmé ensuite par plusieurs médecins.

Pour Léonie c’était alors un soulagement: «Je voulais juste être sûre à 100%», explique-t-elle. En raison de son vécu, beaucoup de ses personnalités sont de nature sexuelle, nous dit-elle. Cependant, les 50 personnes qui la composent sont toutes différentes: «nous sommes très différents. Parmi les 50 personnalités, il y a beaucoup d’enfants, mais il y a vraiment de tout – des enfants aux adultes, en passant par les adolescents», explique Léonie.

Si vous dites à un neurologue que vous entendez des voix, il vous dira sans hésiter que vous êtes schizophrène.

Une vie pleine de rebondissements

Lorsque j’ai obtenu mon diagnostic, j’étais heureuse de savoir mais, au même temps, ce n’a pas été facile. «C’était un choc. J’ai pensé que toute ma vie n’était qu’un mensonge», raconte-t-elle, «tout ce que vous pensiez savoir s’effondre soudainement comme un château de cartes et la question <Qui suis-je?> revient incessamment. À présent, grâce aux nombreuses thérapies que j’ai suivies, je maîtrise bien mon TDI», poursuit Léonie. «Cependant, il est toujours possible que les choses changent d’une seconde à l’autre».

Puisque toutes ses personnalités ont des caractéristiques différentes, des situations particulières se produisent toujours quotidiennement. «Par exemple, il y a des personnalités qui refusent de manger de la viande. Mais moi j’aime la viande, surtout le steak», raconte Léonie. Elle nous explique qu’une fois, dans un restaurant, une de ses personnalités a pris le contrôle et a commandé une salade au lieu d’un steak, ce que la jeune femme voulait. Souvent, lorsqu’elle ouvre ses armoires, Léonie y retrouve des vêtements qu’elle n’a jamais achetés. «Au niveau des coiffures, les choses sont aussi intéressantes», explique-t-elle. «Les garçons aiment mettre du gel dans leurs cheveux alors que les filles utilisent de la laque et laissent leurs cheveux détachés. Lorsque vous regardez plusieurs photographies, vous vous rendez compte de la différence». 

En quête d’explications

Léonie se souvient également d’une autre expérience: «un jour, je me suis réveillée et j’avais des faux ongles. Je ne comprenais pas, parce que moi je grignote toujours mes ongles. Une de mes personnalités a en fait pris le contrôle et a été faire sa manucure». Souvent, il arrive aussi que Léonie soit approchée par des gens qu’elle ne connaît pas. Ces personnes sont en fait entrées en contact avec d’autres personnalités. Lorsqu’elle était plus jeune, elle se réveillait dans des endroits qu’elle ne connaissait pas. Elle pensait alors que les blackouts étaient dus à l’alcool. 

Accusations inutiles

Pour expliquer le TDI, Léonie aime utiliser des images: «Imaginez que vous allez dans la cuisine et que vous vous cognez le pied sur le réfrigérateur. Puis vous allez dans le salon, mais vous avez déjà tout oublié. Vous remarquez que votre pied vous fait mal, mais vous ne savez pas pourquoi. Depuis l’extérieur, ces situations semblent étranges. D’ailleurs, de nombreuses personnes ont du mal à comprendre et à accepter cette maladie. C’est pourquoi, souvent, les personnes concernées par un TDI sont accusées de faire semblant d’être malades: «Bien que, avec les scanners cérébraux, il est possible de reconnaître un TDI, les personnes qui en souffrent sont considérées comme des acteurs et actrices sur scène. Comme l’explique Léonie, la méfiance est la pire des choses car les personnes touchées ont besoin d’aide et de soutien et non de critiques. 

Contrairement à ce que pensent les gens, je ne suis pas un danger pour les autres.

Image déformée

Si de nombreuses personnes ont une image déformée de cette maladie, c’est également en raison des œuvres de la culture populaire: «Contrairement à ce que pensent les gens, je ne suis pas un danger pour les autres, comme c’est le cas dans <Psycho> ou dans <L’étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde>, soutient Léonie. «Il est vrai que certaines de mes personnalités ne sont pas toujours agréables. Elles peuvent dire quelque chose de méchant ou devenir ennuyantes et inamicales par exemple. Cependant, en aucun cas, elles deviennent violentes et agressives».

Léonie connaît bien les limites que lui impose sa maladie mais elle souligne aussi que ses personnalités sont bien organisées: «J’ai quatre ou cinq personnalités <quotidiennes>. Par exemple, il y a un homme d’une trentaine d’années qui va au travail et qui s’occupe aussi de la paperasse, de payer les factures etc. Il y a une femme qui s’occupe de faire la cuisine et une autre qui garde l’appartement propre», dit Léonie. Ainsi, chacun a une tâche quotidienne et ma vie est organisée malgré ma maladie.

Soutien extérieur

Comment une personne extérieure peut-elle aider les personnes souffrant d’un TDI? Léonie explique: «Il suffit de se comporter normalement et de ne pas nous traiter différemment. Nous ne sommes pas uniquement des malades. Les personnes concernées devraient également voir les aspects positifs de notre maladie: nous avons des relations avec de nombreuses personnes et quel que soit le défi qui se présente, nous l’affrontons et sommes prêts à tout. D’ailleurs, moi je ne me sens jamais seule».

Nombre élevé de cas

Aujourd’hui, la science fait de grands progrès. Cela facilite-t-il la vie des personnes souffrant d’un TDI? «Non», soutient Léonie avec conviction. La maladie n’est pas encore suffisamment reconnue. D’ailleurs, les situations qu’elle a vécues et qui ont réveillé son TDI sont toujours actuelles dans notre société: «Les cercles de délinquants sont plus larges que ce que l’on croit. Il s’agit de véritables réseaux. Lorsqu’ils entendent parler de prostitution enfantine, beaucoup de gens se tournent vers le Cambodge ou l’Afrique. Mais c’est aussi une réalité de l’Allemagne par exemple. Les statistiques le prouvent», souligne Léonie. «Il existe un véritable marché pour la traite des enfants. Ce dernier est deux fois plus important que le marché mondial des armes». D’ailleurs, statistiquement, deux enfants par classe d’école souffrent d’abus. «Je doublerais et triplerais même ce chiffre puisque de nombreuses personnes détournent le regard quand il s’agit de ce sujet», souligne Léonie. 

J’aimerais faire des études en psychologie. Je me sens experte dans ce domaine (rires).

Projets futurs

Son passé accompagnera Léonie tout au long de sa vie. En ce qui concerne l’avenir, elle a déjà des projets: «J’aimerais faire des études en psychologie. Je me sens experte dans ce domaine (rires) et je voudrais mieux me comprendre et aider les personnes comme moi. Je pense que je suis un exemple positif. La plupart des personnes ayant un TDI ont même du mal à formuler des phrases entières. Mais moi, grâce à ma thérapie, j’ai souvent le contrôle de la situation.»

*Nom modifié

Texte Lars Gabriel Meier

Traduit de l’allemand par Andrea Tarantini

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