Les quinquas ont de nos jours de sacrées questions à se poser. D’un côté, lorsqu’ils perdent leur emploi, de multiples témoignages attestent de leur difficulté à se réinsérer. Mais, de l’autre, les statistiques confirment que près de 700 000 actifs vont passer le cap fatidique des 65 ans et – en principe – quitter le monde du travail.

Les nouvelles générations arrivant sur le marché de l’emploi sont très loin de pouvoir combler les travées laissées libres par les baby boomers. Dans dix ans, l’économie suisse risque de connaître une grave pénurie de main d’œuvre. Jusqu’à un million de travailleurs pourraient bien manquer.

Une situation ambivalente

Comment gérer ce paradoxe? D’abord, force est de souligner que les seniors sont dévalorisés surtout dès lors qu’ils ont perdu leur emploi. Tant qu’ils demeurent dans leur entreprise, leur expérience constitue clairement un atout. Quand bien même les cotisations sociales élevées et leur salaire plus conséquent pèsent lourd et représentent un clair obstacle à une nouvelle embauche.

Peut-être que les générations des actuels quinquas et plus devraient envisager leur carrière selon le concept dit «arc-en-ciel». Dans cette approche, le milieu de la vie active constitue le zénith de la carrière. À partir de là, une réduction progressive se met en place au niveau des exigences, du salaire et des responsabilités.

Une telle flexibilité – même dans le cas d’un nouveau poste – permet de surmonter une éventuelle différence de salaire et de position entre l’ancienne et la nouvelle entreprise. Le travailleur consent à des sacrifices dans le cadre de ce concept. Mais il y gagne une meilleure qualité de vie.

Quelques défauts, mais force qualités

Outre les charges sociales, les seniors ont, certes, quelques défauts: souvent propriétaires, ils sont moins mobiles. Leurs capacités physiques sont plus réduites. Ils ne sont guère enclins à tout sacrifier à la «carrière». Mais ils ont aussi des atouts: déchargés des tâches liées aux enfants, ils ont moins de contraintes temporelles. Ils sont également plus autonomes financièrement.

Mieux: ils compensent fréquemment un savoir technique peut-être dépassé par une expérience pratique et concrète souvent source de solutions pragmatiques. Et, surtout, ils sont très sensibles à l’ambiance dans l’entreprise et s’engagent volontiers pour favoriser un climat de travail motivant et positif.

Quand ils ont à leur compteur un long parcours dans l’entreprise, ils en sont non seulement des piliers, mais en détiennent aussi l’ADN et les connaissances spéci- fiques. Mieux encore: ils enlèvent un facteur d’incertitude dans la planification car il reste extrêmement rare que les salariés âgés se laissent entraîner par les sirènes de la concurrence et changent de poste.

Vive le pouvoir gris!

Enfin, la prolongation de la vie active, surtout à temps partiel, recèle encore deux avantages indéniables. Elle aide d’abord à combler le trou des assurances sociales en offrant des années supplémentaires de cotisations et en réduisant temporairement les rentes. Ensuite, elle permet aux quinquas de s’accorder plus de plaisirs et de loisirs grâce à leur activité professionnelle moins chargée.

Dans ces circonstances, les tempes grises seront loin de figurer comme de vieilles casseroles en fer blanc tout juste bonnes pour la casse. Elles pourraient, bien au contraire, se révéler comme une génération dorée induisant un nouvel âge d’or. De vraies perles, quoi!

Texte Jean-François Beausoleil, Cyril Meury

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