Il y a quelques jours, UBS annonçait la fermeture de 40 agences. De plus, BNP Paribas licenciait plus de 250 personnes à Genève. Faut-il corréler ces faits avec la digitalisation du secteur bancaire?

Frédéric Kohler, Directeur de l’ISFB

La banque suisse est aujourd’hui une industrie comme une autre, régie par les mêmes règles. Cette conversion d’un artisanat de luxe historique à une industrie performante et efficiente a été néanmoins tardive. Elle a en effet été imposée par la dégradation soudaine de la rentabilité. La banque est devenue une activité économique «normale». Elle n’a eu d’autre choix que d’accroître sa performance intrinsèque en adoptant les règles fondamentales. Ces règles ayant fait leurs preuves dans des secteurs comme l’aéronautique ou la pharma. Séparément, ces différents changements de paradigmes ont tous eu un impact sur les métiers et les compétences. Ensemble, ils bouleversent le marché de l’emploi, pas tant quantitativement que qualitativement.

En dix ans, la banque suisse a plus changé que durant le siècle qui a précédé. Elle a d’abord dû gagner la course à la masse critique. Ensuite, ce fut celle de la standardisation des produits et processus pour enfin adopter une forme de néo-taylorisme. Les principaux acteurs, devenus globaux, ont commencé à envisager des spécialisations par site, puis des délocalisations. Ils sont présents dans de nombreux sites en Suisse ou à l’étranger. Pour rétablir la rentabilité nécessaire à la réalisation des investissements dans le digital, ces nouvelles structures ont taillé dans les coûts.

Pour mieux gérer les risques, des pans non essentiels de l’activité de ces «banques 2.0» ont été mutualisés ou outsourcés. Cela se fait toujours dans une logique de performance financière. De plus, la standardisation des produits et services ainsi que l’augmentation de leur volume a permis l’automatisation massive grâce à l’informatique. Enfin, la banque Suisse a réussi sa mue en dix ans là ou les autres industries avaient mis un siècle. Elle aborde à présent la digitalisation de ses services et produits.

Big data, IA, Deep learning machines, blockchains, cryptomonnaies, tokenisation des assets, crowd-funding, etc., les applications dans les services financiers de la révolution numérique semblent infinies. Cependant, si la digitalisation n’est que la énième cause du séisme du marché de l’emploi bancaire actuel, elle impacte cette fois-ci des métiers d’expertise bien rémunérés et tenus jusqu’ici par des spécialistes hyper-formés. Tout comme les notaires, les avocats ou les radiologues, les banquiers ont tout à craindre de cette révolution digitale. Concurrencés par la technologie, ils comprennent que sur le terrain de l’expertise pure et de la performance technique, ils ne battront plus la machine.

Ainsi, paradoxalement, ce sont la polyvalence, l’agilité, la créativité, les capacités d’interaction humaine qui, en cette époque numérique, restent la meilleure protection contre la perte de son job. Être suffisamment expert pour trouver un emploi et suffisamment généraliste pour le garder: telle est la quadrature du cercle du banquier 2.0.

Texte de Frédéric Kohler

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