Quelle est la place du billet de banque dans notre monde ultra-connecté? Interview avec Eric Boissonnas, CEO de Koenig & Bauer Banknote Solutions, qui répond à cette question et à bien d’autres encore.

Eric Boissonnas
CEO de Koenig & Bauer Banknote Solutions
Eric Boissonnas, quel est le coeur de votre métier?

Le billet de banque! Nous fournissons tous les équipements, solutions et services nécessaires à sa fabrication: du système informatique utilisé pour la conception du billet et des éléments de sécurité novateurs au robot qui aide à la manutention des paquets de billets, en passant par les machines d’impression.

Quelle est la place du billet de banque, notamment par rapport aux cartes bancaires, au digital banking, aux monnaies virtuelles et crypto-monnaies?

Dans les pays industrialisés, en Suisse notamment, nous payons avec du cash ou des cartes de crédits et nous avons tous un compte en banque. Le billet de banque est utilisé pour des transactions de paiement, mais surtout pour des réserves personnelles et dans le cadre de la gestion de budget. En général, le billet de banque y est considéré comme vieillot, mais les gens l’utilisent tous les jours. En revanche, les habitants d’autres régions du monde comme l’Amérique du Sud, l’Afrique ou l’Asie ont un mode de vie différent. Ils n’ont ni revenu stable, ni compte en banque et ne peuvent s’offrir de carte de crédit. Dans ces pays, le billet de banque est le seul moyen utilisé pour payer.

De nos jours, les moyens de paiement digitaux et le billet de banque sont-ils en concurrence?

Non! Ce sont des moyens de paiement complémentaires, mais l’un ne remplace pas l’autre; ils cohabitent. Ce qui offre aux citoyens un vrai choix en fonction de leur besoin et envie. Aujourd’hui, les banques centrales cherchent des moyens de garder le contrôle sur les deux mondes et de promouvoir leur cohabitation.

Quels sont les avantages des deux systèmes?

Chaque système a son avantage et sa flexibilité. C’est pourquoi le billet de banque et les moyens de paiement digitaux ont leur raison d’exister en parallèle. Pour les Suisses, le billet de banque est très simple à utiliser. Toujours à disposition, il est utile lorsque les systèmes digitaux ne fonctionnent pas.

Est-il vrai que le billet de banque ne laisse aucune trace et qu’il permet l’inclusion économique et financière?

Il permet l’inclusion économique et financière. Dans un sens, le billet de banque a l’avantage de ne pas laisser de trace. Cependant, dans le marché noir, il représente une très petite partie des moyens de paiement utilisés. Les plus grandes fraudes sont en effet réalisées dans le cadre de systèmes digitaux comme les bitcoins.

En Suisse, comment fabrique-t-on les billets de banque?

Les billets suisses sont imprimés sur du papier en coton et polymère qui comprend déjà des éléments de sécurité. Ils sont imprimés sur des feuilles de 80×70 cm environ, sur lesquelles on place entre 45 à 60 billets, selon la grandeur du billet. Chaque feuille passe par différentes machines qui impriment des éléments spécifiques du billet, tels que les couleurs en simultané en recto-verso, des éléments de sécurité comme le globe scintillant ou la croix suisse perforée, l’application de la couleur ainsi que l’impression de relief, la numérotation de série, le vernissage afin de protéger la surface du billet et le découpage des feuilles. Nos équipements fournissent aussi un contrôle qualité à chaque étape de la production.

La pandémie de Covid-19 a encouragé les consommateurs à faire usage de moyens de paiement digitaux. Pensez-vous qu’elle pourrait mettre à mal l’existence du billet de banque?

Il faut attendre quelques années avant de pouvoir se prononcer à ce niveau. Cependant, je dirais que la pandémie a plutôt ramené le billet de banque sur le devant de la scène, car nous assistons à une augmentation évidente de la demande. La crise a soulevé d’innombrables débats au sujet de la transmission du virus par les billets. Bien qu’il s’agisse, à mon avis, d’un faux débat parti d’une fausse information, cette discussion a fait parler du billet de banque. Ainsi, même les banques centrales, qui voyaient le billet comme une valeur sûre, se sont rendues compte que les moyens de paiement digitaux prennent du pouvoir.

Comment vous positionnez-vous par rapport à l’avenir du billet de banque?

Aujourd’hui, les imprimeries du monde entier impriment des billets à la limite de leur capacité. Cette année, le volume est supérieur à celui de l’année passée. La majorité des gens utilise le billet de banque et dépend de ce dernier. Ainsi, on peut être confiant par rapport à son avenir: pendant les prochaines dix années, on aura du cash. Cependant, le billet doit évoluer! Nous devons réduire les coûts de circulation, qui sont très élevés, et l’empreinte environnementale. L’avenir nous dira si le billet deviendra intelligent ou si ses fonctions seront diversifiées. Il y a des idées à ce sujet, mais les enjeux sont nombreux.

Interview Andrea Tarantini

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