Nous sommes soulagés de reléguer à l’âge des ténèbres des atrocités telles que la torture et la peine capitale. Le Moyen Âge n’est cependant pas une période si sombre. La torture et les terribles châtiments n’ont fait leur apparition dans notre système judiciaire qu’au début de l’Ere Moderne. Comment et pourquoi ces méthodes sont apparues?

La profession de bourreau n’a été créée qu’au XVe siècle. Cette fonction a vu le jour à cause d’une détérioration extrême des conditions de vie causée par un changement climatique, la petite ère glaciaire. Cette grande période de gel avait entraîné de mauvaises récoltes et, par la suite, la famine, la pauvreté et la maladie. En période de famine et de pauvreté extrême, il y avait de plus en plus de délits. Les infractions mineures, se voyaient punies beaucoup plus sévèrement lorsque les ressources se faisaient plus rares. On appliquait alors diverses sanctions.

A l’époque, on punissait les délits mineurs par la honte ou par l’atteinte à l’honneur. Les personnes incriminées étaient attachées à un pilori sur la place publique. On leur ajoutait de nombreux accessoires tels que des masques de honte, des tresses de paille, etc. afin de les rendre encore plus ridicules. Cela servait aussi à montrer au reste du village la raison de leur punition. Bien que cette pratique nous semble encore relativement douce, un tel traitement pouvait entraîner de graves conséquences. Cela allait parfois jusqu’à l’exclusion complète devant la communauté.

On infligeait des châtiments corporels pour les infractions plus graves. La punition la plus légère était, entre autres, le fouet. Néanmoins, souvent, le criminel écopait de sanctions et mutilations bien pires. Parmi elles, il y avait le marquage au fer rouge, l’aveuglement ou l’amputation des mains et de la langue.

La peine de mort

Aujourd’hui, nous pourrions nous dire que la plus sévère de toutes les sanctions est la peine de mort. Cependant, à l’époque, tout le monde ne voyait pas les choses de cette façon. Certains criminels enjolivaient leur acte pour être expressément condamnés à la peine de mort. Les condamnés avaient droit à certains privilèges: une cellule propre, des vêtements frais, un soutien spirituel, du tabac et du vin. Sans parler du dernier repas, au cours duquel ils pouvaient demander toutes sortes de mets qu’un pauvre paysan n’aurait jamais pu manger de toute sa vie. Après ces derniers instants relativement luxueux, le criminel mourait de manière rapide et indolore, ce qui semblait plus agréable, pour certains, que de s’éteindre lentement, sans nom, dans un trou humide ou dans la pauvreté extrême.

En fonction de la gravité de l’infraction, on utilisait différentes manières de tuer. Le pire était certainement la mort sur la potence car, d’après les anciennes croyances, le condamné qui décédait de cette façon n’avait pas le droit d’entrer dans le royaume des cieux. Cependant, la mort des criminels agonisants, avec leurs membres cassés tressés sur la roue, n’était pas moins terrible. Aux personnes considérées comme des sorciers ou sorcières, était généralement réservé le bûcher, la noyade et l’enterrement vivant. Finalement, la décapitation par l’épée était un privilège accordé principalement aux condamnés plus aisés.

La torture était un véritable instrument pour obtenir la vérité. L’idée n’était pas de forcer une confession par la douleur, mais d’empêcher le diable d’exercer une influence sur l’esprit du délinquant. La torture servait donc d’exorcisme et devait purifier l’âme du pécheur.

Trois étapes de la torture

Pour faire avouer une personne, on utilisait généralement une technique de torture en trois étapes. Tout d’abord, on menaçait simplement la personne d’être damnée et on lui faisait peur en lui montrant les appareils de torture qui l’attendaient. Ensuite, si le suspect n’avait toujours rien dit, on utilisait plusieurs instruments pour lui faire dire la vérité: la vis à main, la botte espagnole ou le petit canon,… c’est-à-dire tous les dispositifs qui permettaient de broyer ou de presser les membres. Finalement, on attachait les mains de la personne vers le haut sur une roue et on lestait ses pieds. Petit à petit, on tournait la roue pour étirer au maximum le corps du suspect. Celai provoquait généralement la dislocation de ses épaules.

Pendant cet interrogatoire costaud, aussi appelé de la torture, il était important qu’aucune goutte de sang ne coule. L’accusé devait répéter ses aveux 24 heures après l’interrogatoire, sans subir à nouveau de douleur, sinon ils n’étaient pas considérés comme valides. Cela n’empêchait malheureusement qu’on torture à répétition les suspects. Cependant, les personnes qui réussissaient à survivre aux trois étapes de l’interrogatoire sans avouer, se voyaient considérées comme innocentes et libérées.

Il faut donc oublier l’idée que les techniques de torture étaient utilisées par plaisir sanguinaires chefs d’états. Ces mythes étaient souvent issus de l’imagination des conteurs et troubadours de l’époque. Généralement, on les employaient comme punition ou sentence judiciaire.

Néanmoins, les temps étaient durs et bien que ces pratiques nous semblent inhumaines, nous ne devons pas les juger trop rapidement. À cette époque, les gens étaient très croyants et aussi très superstitieux. Il ne fallait en aucun cas fâcher Dieu, de crainte que d’autres méfaits ne s’abattent sur la population. Aujourd’hui, nous reconnaissons les méfaits et la violence de la chasse aux sorcières, pratiquée en Europe pendant des siècles. Cette pratique s’est arrêtée après l’exécution judiciaire d’Anna Göldi à Glaris en 1782. Il faut toutefois mentionner que cette pratique ne représente qu’une petite partie des massacres historiques. Beaucoup plus de personnes ont perdu la vie à cause de viols, de pillages et de pogroms juifs, par exemple.

Le musée du bourreau de Sissach

Le Musée du Bourreau de Sissach s’efforce de présenter l’histoire de la justice de la manière la plus authentique possible. Les nombreux objets de la collection ne cessent d’étonner les visiteurs. De plus, ce musée nous fait réfléchir aux formes actuelles de tortures utilisées et nous force à tirer des leçons du passé.

Plus d’informations sur henkermuseum.ch

Texte par Guido Varesi, Museumsleiter Henkermuseum

Traduit de l’allemand par Perrine Borlée

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