Aujourd’hui, quels sont les défis que rencontrent les jeunes étudiants en droit? Est-il facile pour les nouveaux diplômés de se frayer un chemin dans le monde professionnel? Avocate associée au sein de l’Étude Bär & Karrer SA, Head of litigation et chargée du recrutement au sein du bureau de Genève, Aurélie Conrad Hari répond à ces questions.

Aurélie Conrad Hari
Aurélie Conrad Hari, aujourd’hui, quel est le rôle de l’avocat?

Le rôle de l’avocat vise à défendre les intérêts des clients. Cette fonction revêt de nombreuses facettes qui conduisent à l’exercice d’activités variées. Dans sa fonction traditionnelle, l’avocat représente et fait valoir les droits de son client en justice. En parallèle, les activités de conseil de l’avocat qui accompagne ses clients dans leurs affaires se distinguent par le fait que l’avocat devient un consultant et un partenaire de sonclient. Dans ce contexte, l’avocat doit comprendre le business de son client, identifier ses besoins et apporter un soutien dans la gestion de ses affaires tout en proposant des visions stratégiques et innovantes.

A-t-il évolué avec le temps?

La fonction traditionnelle de l’avocat relative à la défense reste la même. L’évolution réside dans la nature de la procédure qui a fait perdre de l’importance à l’oralité du métier, rendant la conduite procédurale d’une affaire plus technique et renforçant les échanges écrits au détriment d’une immédiateté orale. D’ailleurs, la relation avec les clients ainsi que les exigences relatives au métier de l’avocat ont subi des changements non négligeables. Outre l’arsenal législatif qui ne cesse d’augmenter et de se complexifier, les avocats ont aussi dû s’adapter à l’évolution et à la globalisation des affaires en étant plus disponibles et réactifs pour les clients et en développant leurs réseaux sur le plan international.

Quels seront les grands défis pour la profession d’avocat dans les années à venir?

Les avocats devront s’adapter à un monde qui évolue très vite et aux nouveaux besoins des clients. Cette profession repose sur des principes ancestraux, tels que l’indépendance et le secret professionnel, mais elle n’a cessé de progresser et cela continuera. Il sera donc important de garder ces principes tout en réinventant le service. Dans l’immédiat, il faudra aussi équilibrer les nouvelles méthodes de travail, comme le home office, avec la nécessité de garder un contact humain avec les clients. La dernière année a toutefois démontré que notre profession, souvent jugée traditionaliste et conservatrice, s’est adaptée rapidement, y compris avec les autorités judiciaires.

Quels sont les défis que rencontrent les étudiants en droit?

Le défi immédiat est lié à la crise sanitaire qui les empêche de suivre des cours en présentiel. L’intérêt de toute formation universitaire n’est en effet pas seulement académique et intellectuel, il est aussi lié à la vie estudiantine et à ses aspects sociaux, nécessaires au développement de son réseau et de ses capacités sociales qui développent des soft skills nécessaires à la profession d’avocat notamment dans le cadre des interactions avec les autres. Autrement, les étudiants en droit font face à une concurrence importante. Le nombre d’étudiants ne cesse en effet d’augmenter, tout comme la qualité des profils enrichis par des expériences professionnelles et académiques, comme des concours et autres moot court. Enfin, le défi principal de l’étudiant en droit réside dans sa faculté à mettre en pratique les connaissances académiques dans une activité juridique hautement pragmatique et requérant des compétences humaines et managériales.

Que conseillez-vous aux étudiants qui rencontrent des difficultés et/ou perdent parfois la motivation de poursuivre ces études?

Je les encourage à s’accrocher. Cette formation ouvre de nombreuses voies et ils ne perdent donc pas leur temps, même s’ils décident de changer d’orientation par la suite ou ne se destinent pas à une profession purement juridique. La formation en droit permet de développer des compétences qui constitueront des piliers utiles dans différentes réalités. Le droit peut mener à l’avocature, à la magistrature, mais aussi au journalisme, à l’Histoire, à l’enseignement mais encore à la création de start-up ou à la direction d’entreprise. Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir un general counsel devenir CEO d’une société. De plus, ces études bénéficient d’une forte crédibilité aux yeux des employeurs de par la rigueur et la structure du raisonnement qu’elles induisent.

Est-il important pour un étudiant en droit de vivre une expérience à l’étranger?

Oui, c’est un enrichissement tant au niveau humain que professionnel, car on y découvre une nouvelle culture et, sur le plan juridique, on apprend des nouveaux mécanismes relatifs à un autre pays et d’autres lois. Cela permet de confronter son raisonnement, de se mettre dans un mode de pensée différent et s’avère être important si l’on souhaite travailler pour une clientèle internationale et/ou dans une grande Étude.

Et est-il difficile pour les nouveaux diplômés de se frayer un chemin dans le domaine du droit?

Il existe beaucoup d’opportunités. Les parcours toujours plus étoffés des étudiants démontrent d’ailleurs qu’ils s’investissent très tôt dans la préparation de leur carrière en s’engageant, pendant leurs études, dans le monde associatif et/ou professionnel. Nous encourageons les étudiants à saisir les opportunités qui leur sont offertes dans le cadre de compétitions académiques ou d’expériences professionnelles. Notre Étude, comme d’autres, offre la possibilité aux étudiants d’effectuer un stage d’été en ses murs, ce qui leur permet de se confronter à la vraie vie d’un avocat et d’une Étude pendant leur parcours académique et de renforcer leur dossier.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui se destinent à une carrière d’avocat?

Investissez-vous pleinement, déjà pendant vos études et soyez patients et persévérants. Ce métier implique un apprentissage constant, mais c’est aussi parce que l’on n’aura jamais fini d’apprendre que ce métier est si passionnant. Les sacrifices en valent la peine avec, à la clé, une profession qui apporte des satisfactions et l’assurance de ne jamais s’ennuyer grâce à une activité toujours différente.

Interview Andrea Tarantini

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