Considéré comme un divertissement pour les uns et une réelle profession pour d’autres, l’esport est un phénomène de société qui prend de plus en plus d’ampleur à travers le monde. Mais en quoi consiste-t-il exactement? Quentin «Mirror» Lentz, jeune gymnasien persévérant et grand joueur de Rocket League répond à cette question et nous explique comment on devient un joueur professionnel d’esports. 

Quentin «Mirror» Lentz, qu’est-ce que l’esport aujourd’hui? 

C’est la pratique dans un but compétitif d’un jeu vidéo quel qu’il soit. Cette définition n’est pas seulement celle d’aujourd’hui, car elle a, à mon avis, toujours été vraie. Contrairement à l’esport même, elle n’a pas évolué. 

Quentin «Mirror» Lentz
Comment t’es-tu initié aux jeux vidéo? 

Mon père était informaticien. Dès mon plus jeune âge, j’ai donc été en contact avec les ordinateurs. J’ai ensuite commencé à jouer à des jeux vidéo, comme Minecraft par exemple. Il y a cinq ans, je me suis lancé dans Rocket League, d’abord avec des amis et ensuite pour les compétitions. Ce n’est que plus tard que j’ai rencontré des gens, fait partie d’une équipe et pris réellement contact avec ce milieu. 

En quoi consiste le jeu Rocket League? 

C’est une simulation de jeu de football qui se joue sur console et pc. Le jeu est original parce que, à la place des hommes, on a des voitures qui peuvent bouger et même s’envoler dans le cadre d’un terrain de foot fermé par une cage. 

Pourquoi avoir choisi «Mirror» comme pseudo? 

Dans les jeux vidéo tout le monde a un pseudonyme. On dit souvent aux plus jeunes de ne jamais révéler leur identité à des inconnus sur Internet, et c’est également le cas pour les jeux vidéo. Ainsi, alors que certains ont un pseudo inspiré de leur vrai nom, d’autres, comme moi, en empruntent ou en inventent un. 

Le nom «Mirror» vient d’un jeu de cartes qui s’appelle Magic: The Gathering, auquel je jouais quand j’étais plus jeune. Il y avait une carte que j’aimais bien, c’était le «Mirrorwing Dragon». J’ai donc choisi ce pseudonyme. Par la suite, je me suis demandé s’il me fallait le changer ou revenir à mon vrai nom. Néanmoins, une fois qu’on joue avec un pseudo, on développe une identité et il est délicat de le changer sans que cela affecte la renommée du joueur. 

Dans le domaine de l’esport, qu’est-ce qu’un joueur professionnel? 

Ce n’est pas une question facile. Est-ce cela est lié au niveau d’un joueur dans les classements ou au fait qu’il s’agisse d’une profession à part entière qui rapporte un salaire avec lequel on peut vivre? Je ne sais pas. En ce qui me concerne, je suis encore aux études, ce sera bientôt – je l’espère – mon métier, mais est-ce qu’on peut déjà dire que je suis un joueur professionnel? Je ne suis pas sûr. 

Quels sont les atouts que doit posséder un joueur pour se professionnaliser? 

Si le statut de joueur professionnel dépend seulement du niveau du joueur, je dirais qu’il faut beaucoup d’énergie et de la passion pour devenir un joueur exceptionnel. Il n’y a pas une marche à suivre, il faut simplement être prêt à y consacrer du temps. D’ailleurs, je ne pense pas qu’un bon niveau suffit pour arriver dans les meilleurs classements: il faut aussi beaucoup de hasard et des bonnes rencontres. 

Tes proches t’ont-ils soutenu? 

Oui, énormément. Les jeux vidéo n’ont jamais été un problème pour eux. Quand la compétition est arrivée, ils étaient aussi ravis que moi. D’ailleurs, mon premier contact professionnel avec le monde des de l’esport a été le club de foot Servette de Genève. Les jeux vidéo font partie de la catégorie esport car il s’agit d’un sport comme un autre. Même s’il existe des différences entre les sports plus traditionnels et les esports, le cadre est le même. Les clubs de foot l’ont tout de suite compris et ont voulu se déployer également dans ce domaine, surtout pour attirer plus de jeunes. Grâce au Servette, mon projet avait un côté plus sérieux aux yeux de mes proches. 

Est-il facile de concilier études et carrière? 

Je ne dirais pas que c’est facile en général. Je pense qu’il faut surtout bien déterminer la manière dont on veut se consacrer aux jeux vidéo. La mienne n’a jamais changé, je joue toujours par passion et non pas par obligation. Ce qui a changé est la manière d’approcher les jeux: à présent elle est plus ciblée. 

S’agit-il plus d’un métier ou d’une passion à tes yeux? 

C’est les deux. De base, c’est une passion qui se transforme gentiment en un métier. Je pense que toute passion peut devenir une profession si on le souhaite vraiment et qu’on s’efforce à mettre toutes les chances de son côté. 

As-tu un joueur modèle? 

Il y a des joueurs que je trouve inspirants, surtout dans leur manière d’approcher un jeu. C’est notamment le cas d’un joueur français qui s’appelle Keido et qui joue pour une équipe nommée Vitality, qui a déjà un grand palmarès – elle a gagné un championnat du monde par exemple. J’ai eu l’occasion de le rencontrer plusieurs fois et, humainement, ainsi que dans le jeu, il donne l’image d’un bon joueur. 

La Suisse compte-t-elle beaucoup de joueurs professionnels? 

La taille du pays a un grand rôle et c’est pour cette raison que les chances d’avoir des joueurs de bon niveau sont plus maigres qu’aux États-Unis par exemple. Je dirais qu’on en a quand même quelques-uns. Si l’on considère aussi les joueurs qui streament, ce chiffre augmente de peu. Il ne faut pas oublier que nous sommes également dans un pays où la vie est chère. Si une organisation française veut engager un joueur suisse, elle aura de la peine à accepter de le payer en adéquation avec le coût de la vie en Suisse, alors qu’elle pourrait engager un joueur français et le payer beaucoup moins. C’est aussi pour cette raison que les joueurs suisses sont «moins recherchés» et qu’un grand nombre d’entre eux est parti dans d’autres pays européens. 

Comment se passent les tournois de Rocket League en Suisse? 

On a deux grandes ligues très différentes entre elles: la Swiss Esports League (SEL) et la TCS eSports League. Des compétitions s’organisent entre ces deux ligues et, au niveau européen, il y a aussi des ligues, des tournois européens et les championnats. Bien évidemment, on peut aussi organiser des tournois de manière indépendante: chacun est libre de mettre en place des entraînements et des compétitions s’il le souhaite. 

En général, peut-on vivre seulement grâce à l’argent gagné aux tournois? 

Je ne pense pas. Comme dans tous les sports, on a besoin d’une équipe, de sponsors, d’une structure etc. La publicité est le plus grand principe économique de l’esport. Il y a aussi des revenus relatifs au merchandising, comme dans le cas de la vente de maillots par exemple. Certains joueurs gagnent aussi beaucoup d’argent en streamant ou en faisant des vidéos sur Youtube. Dans ce cadre, un système de dons est souvent mis en place. 

L’esport est-il, comme le soutiennent certains, un jeu pour personnes solitaires? 

Pas du tout. Il s’agit là d’un préconcept et d’une image qui ne correspond pas à la réalité. Je n’ai jamais été confronté à cela directement, mais je pense que c’est dû au fait que le domaine des esports ne soit pas appréhendé de la même façon par tout le monde. Certains ne connaissent pas vraiment cette pratique et, pour cette raison, s’adonnent peut-être à ces préjugés. L’esport n’est pas un jeu pour personnes solitaires et les compétences sociales de joueurs ne sont pas affectées par le temps qu’ils passent devant les écrans. Au contraire, la pratique de l’esport actuel demande un contact avec une équipe, des sponsors et des collègues. Les compétences sociales sont donc nécessaires pour être à l’aise, jouer, se coordonner et s’organiser en équipe. 

Quels sont tes plans pour l’avenir? 

Je ne fais plus partie du Servette à présent car nous avons créé notre société, Edelweiss Esports. Je souhaite donc que l’organisation grandisse et s’épanouisse, car l’esport est destiné à un avenir radieux. 

Interview Perrine Borlée et Andrea Tarantini

Photos Edelweiss Esports et Rocketleague.com

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