Alors que d’autres rechignent face au télétravail, la journaliste zurichoise Leila Alder développe son propre magazine en ligne. Elle explique comment créer du contenu attractif en tant que journaliste indépendante, à l’ère de la Covid-19.

 Leila Alder, fondatrice et rédactrice en chef du magazine «akut»
Créativité et intuition

Elle a fondé son propre magazine en ligne pendant la pandémie de coronavirus, entre autres réalisations. C’est ainsi que Leila Alder, 25 ans, originaire de Zurich, a fait décoller «akut» pendant le confinement. «Pour moi, c’était définitivement le bon moment. J’ai l’habitude d’écouter mon intuition quand il s’agit de grandes décisions. C’est ce qui s’est passé avec «akut». Cela peut sembler naïf mais jusqu’à présent, mon intuition ne m’a jamais fait défaut.», explique-t-elle. La fondatrice et rédactrice en chef ajoute que les crises sont toujours des occasions de créer, d’innover. Et selon elle, c’est exactement ce dont le secteur des médias suisses a besoin.

Marketing viral 

Leila Alder a su gagner en notoriété et toucher un public toujours plus large pour son magazine, cela grâce au marketing viral. «En fait, nous avons peu voire pas investi d’argent dans le marketing. Dès le départ, notre intention était de nous développer de manière organique. Je me suis donc appuyée sur mes contacts et surtout, j’avais une grande confiance dans notre produit. Pour le lancement, nous avons tourné une vidéo et, comme prévu, elle est devenue assez virale sur les réseaux sociaux. Cela a permis un départ en flèche.», précise Alder. Aujourd’hui encore, elle applique la même stratégie de content marketing, consolidant ainsi l’image de son entreprise. «Être indépendant nous permet de suivre la stratégie de content marketing, telle que je l’avais imaginée au départ. Notre contenu est très personnel et transparent, ce qui nous rend unique et authentique. De cette manière, notre ADN se renforce un peu plus à chaque article, ce qui permet aux gens de s’identifier à nous. Nous le ressentons aussi. Les réactions aux articles individuels sont énormes. Je n’ai jamais vécu une telle expérience dans aucun de mes emplois précédents.»

Pas de magie en télétravail

«Ce qui a toujours été difficile avec le travail en équipe devient deux fois plus difficile dans l’espace virtuel.» C’est une déclaration que beaucoup ont entendue. Au début, le télétravail a également présenté ses challenges pour Leila Alder. «Malheureusement, depuis notre lancement pendant le confinement, nous n’avons jamais eu le plaisir de nous retrouver tous ensemble au bureau. Nous avons dû accepter les circonstances dès le départ. D’ailleurs au début, c’est ce qui m’inquiétait le plus: «Comment vais-je réussir à faire travailler une équipe où les gens ne se connaissent pas vraiment et n’ont jamais collaboré auparavant?». Et malgré tout, la collaboration s’est étonnamment bien déroulée. Peut-être parce que j’ai pu recruter des personnes sacrément cool, talentueuses et faciles à vivre.» Toutefois, la raison de ce succès collaboratif n’est peut-être pas unique. En effet, comparativement à l’environnement de bureau, plusieurs études ont démontré une meilleure productivité pour le travail à domicile. Une étude de l’université de Stanford a confirmé que cette augmentation des performances était due au contexte de travail plus calme et plus confortable à la maison, ce qui a entraîné moins de pauses et moins d’arrêts maladie.

Préférence pour la qualité, plutôt que la quantité de clics

En ce qui concerne la création de contenu, la fondatrice est très au clair quant à ce qui doit faire l’objet d’une attention particulière: «Chez ‘akut’, nous nous concentrons sur le journalisme lent – la qualité plutôt que la quantité. Il est important pour moi de créer du contenu bien pensé, solide, porteur d’un vrai message et fidèle à notre ADN. Notre objectif n’est pas de générer de gros volumes de clics avec des articles optimisés pour le référencement. Au contraire, nous cultivons même notre propre langue ‘akut’. En fin de compte, je préfère avoir moins de clics, mais des clics de valeur.» précise Alder. Elle souligne également l’importance de la conception des articles car chez «akut», le contenu et l’esthétique doivent aller de pair. «Trop souvent et spécialement dans l’espace numérique, les lecteurs doivent choisir entre un contenu esthétiquement soigné et des articles de fond. Nous essayons de combiner l’un et l’autre.» Bien présente sur instagram, la journaliste a le loisir d’y déployer l’univers de son magazine. «C’est sur instagram que notre notre public cible est le plus actif et représenté. Cette plateforme offre aussi un espace pour le contenu écrit, ce qui est extrêmement important pour nous. Je trouve également que TikTok est une plateforme passionnante, mais nous sommes encore en train de travailler sur un concept approprié. À mon avis, Facebook est mort et Snapchat, en tout cas pour moi, n’est pas d’assez bon goût.»

L’intuition avant tout

Alder favorise des sujets transgénérationnels et calibrés pour son public cible; des femmes et des hommes âgés de 20 à 40 ans, intéressés par les thèmes de la culture, de la société et du lifestyle. «Bien sûr, il faut toujours un peu tâter le terrain, essayer, faire des erreurs… Vous ne pouvez pas savoir à 100% et à l’avance comment le contenu sera reçu. Et puis nous sommes encore jeunes, dans une phase d’apprentissage, de découverte des goûts et préférences de notre communauté. Toutefois là encore, je me fie souvent à mon instinct. Je surveille intensivement les statistiques de notre lectorat, les retours et les informations fournies par les réseaux sociaux. Il faut connaître son public pour être en mesure de lui fournir un contenu attractif.» Cela dit, pour la fondatrice, les retours organiques et les commentaires sont plus importants que les statistiques. «Nous avons un lectorat très interactif, ce qui est vraiment génial! Les réactions que nous recevons sur les médias sociaux nous aident considérablement à produire du contenu. Nous savons ainsi ce qui plaît et dans quelle direction nous devons nous orienter.»

Texte Evgenia Kostoglacis

Traduit de l’allemand par Natacha Mbangila

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